Crédit photo : Thomas Dufresne

Le retour à Montréal après une fin de semaine au FME, ça a des airs de déprime après de belles vacances (la fatigue en plus). Entre la programmation plus qu’enviable, les personnes intéressantes qu’on croise dans chaque recoin de la ville et la petite folie qui règne, dur de ne pas trouver l’atterrissage un brin raide. Question de se consoler un peu, retour sur des spectacles marquants des derniers jours… et ce qui se passait autour.

Loud 

Le rappeur Loud a offert un spectacle qui a battu un record d’achalandage avec ses 4500 spectateurs. On l’a déjà vu plusieurs fois en spectacle depuis la sortie de son album solo Une année record, mais ça ne change jamais : Loud assure. Accompagné sur scène du rappeur local Zach Zoya qui ajoutait à la fébrilité globale, une couche d’excitation au sein du public. Tout près de notre petit groupe, un très motivé s’est juché sur un arbre pour avoir un point de vue impeccable. Alcool aidant, à quelques reprises j’ai laissé échapper des « woupe » d’angoisse devant la position bancale de notre téméraire haut perché. La foule s’est abandonnée à la chanson estivale de l’année (oui, je fais référence à Toutes les femmes savent danser), dans un mouvement de hanche et dans un cri commun « C’est ma touuuune ». Une densité de sourires qui en avait peu à faire du rideau de pluie qui leur dégringolait sur les épaules.

Xarah Dion 

C’est à l’Espace Lounge Hydro-Québec que Xarah Dion est venue présenter son projet samedi dernier. Celle qui a lancé Le mal nécessaire en 2014 et FUGITIVE en 2016 a défilé les pièces avec énergie, réussissant à faire danser les spectateurs et les passants qui se sont arrêtés, curieux d’entendre ça. Sublime prestation de l’enchanteresse Xarah Dion qui propose un amalgame solide de synth-pop, de techno, de darkwave et d’industriel. Situé près de la scène extérieure principale, le lounge offrait un espace intime parfait pour la proposition. Musique qui inspire à danser au gré de son émotion, les yeux clos et guidé par le battement en triptyque de son cœur. J’avais l’impression d’assister à un trip de champignon magique en plein déploiement, à grande échelle. La scène n’était pas sans rappeler une séance incantatoire de sorcellerie dont le but premier aurait été de répandre le beau et de s’aiguiser l’énergie. Potion pour le brisé en quête de lui-même. Intrigante et charismatique, Xarah Dion a su donner un spectacle envoûtant. On a déjà hâte de découvrir du nouveau matériel. On sera à l’écoute, c’est certain.

Félix Dyotte

Le show de Rive sur le bord de l’eau avait été repoussé à plus tard, pas de stress, ça arrive. On a donc trotté vers le QG du festival, pour se ravitailler. En chemin, j’avoue qu’on détonnait avec les autres passants, qui rigolaient sur notre passage. Cool cool la gang, pourquoi pas. On s’est avachis quelques minutes dans la sublime maison recouverte de verdure, pour contrer le coup de fatigue grandissant. C’était après tout, notre quatrième soir. À présent debout devant la petite scène où s’activait Félix Dyotte, dans son dôme tranquille à l’humour décalé très charmant. Un homme se tenait juste derrière moi, assez proche pour que je puisse déceler avec exactitude le cocktail qu’il consommait, juste à l’odeur. Il pétait ma bulle ben raide. « Monsieur, il y a de place, prend la, elle est à toi. Gâte-toi » Me semble que ça vient naturellement cette histoire-là de comprendre les distances, non? Ça n’a pas l’air.

C’est dans une ambiance très relax que Félix Dyotte est venu nous chanter ça dimanche au Café-bar L’Abstracto. Celui qui a déjà lancé un album homonyme en 2015 et Politesses en 2017 a tout de suite su créer un lien avec son public, entre blagues et traits d’esprit subtils. « Veuillez quitter les lieux, il commence à faire chaud! Je suis content que vous ayez compris. Quand je fais des jokes comme ça à ma mère, elle me demande toujours si je suis sérieux. » Bon, pas si subtil, mais cocasse certainement. Entre les jolies pièces pop Les gens sont décevants, Politesses et C’est l’été, c’est l’été, c’est l’été, Dyotte a lancé « Mon dieu j’ai eu envie de faire comme Loud hier, et de vous pitcher de l’eau. Mais vous êtes juste trois devant, et tout le monde aurait juste été sur le choc. » à un public hilare. Indice : on était deux des trois spectatrices devant. Merci Félix Dyotte d’avoir résisté à cette vilaine envie. Ce tour de chant en formule 5 à 7 tout en douceur était certainement une belle entrée en matière pour une soirée qui allait s’avérer bien remplie.

Holy Two

Mais quelle belle découverte que Holy Two. Pas d’ambiance d’agence de traduction ici! Le groupe de Lyon s’est présenté à l’Agora des Arts pour sa « deuxième date canadienne ». Quand même. En première partie du spectacle de Milk & Bone, Holy Two a presque volé la vedette avec ses mélodies entraînantes et sa prestance sur scène. Elodie, avec une voix profonde qui fait penser par moments à Charlotte Cardin et même parfois à Betty Bonifassi, est en total contrôle. Avec charme et assurance, l’interprète a vraiment su rendre justice aux pièces des deux albums du duo : Holy Two (2013) et Invisible Matters (2018). Mention spéciale aux superbes Undercover Girls et Festin : fallait voir les festivaliers danser comme s’il n’y avait pas de lendemain. Joli. Vous ne connaissez pas Holy Two? Allez écouter là là, c’est comme un peu un (sympathique) ordre.

Cattle Decapitation

C’est en mode metal que le FME a décidé de fermer le party. Si certains festivaliers n’étaient pas en-chan-tés par ce choix de programmation, je dois avouer que cette dose d’énergie était au contraire une excellente idée en fin de parcours. Arrêt Théâtre du Vieux-Noranda pour le dernier spectacle de notre parcours : Cattle Decapitation. Ce qu’il faut savoir – et que j’ai appris sur place -, c’est que le groupe de San Diego est basé sur une esthétique musicale oui, mais surtout sur des convictions. Les membres l’affichent, persistent et signent : ils préfèrent la survie de la vie animale plutôt que celle des humains. Groupe misanthrope vegan bref, formation qui casse la baraque en spectacle aussi. Travis Ryan ne donne pas sa place vocalement, capable de suivre au quart de tour malgré la difficulté de certaines chansons. Ça rentrait dedans, c’était limite violent et c’était bien parfait comme ça.

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Étude de foule 

À travers les quatre merveilleux jours de festival dans la ville de Rouyn, l’une des choses qui m’a frappée est le comportement distinct entre les festivaliers payants et les festivaliers dit pro (professionnels de l’industrie, musiciens et médias).

  • Portrait du festivalier payant :

Habituellement, il connaît d’avance le groupe de musique pour lequel il a acheté des billets. C’est un passionné. Il connaît quelques ou toutes paroles des chansons et va chanter avec vigueur à au moins deux reprises. C’est ma touuuuune. Il danse du haut du corps avec une moue de satisfaction, pour bien se laisser imprégner des vibrations qui montent du sol. La densité des foules, les chaises libres, les mezzanines et le sol devant la scène sont ses endroits de prédilection. Il est heureux, content, fébrile et silencieux… jusqu’à sa deuxième bière. Là il jase.

Il existe différents types de groupes pour ces festivaliers. Ils arrivent à deux et seront hermétiques. Ils arrivent à deux et se trouveront d’autres amis, surtout lorsqu’un peu chaudailles. Ils arrivent à trois et le troisième est semi gossé en arrière. Ils arrivent à quatre et chanteront en chœur une bonne partie du show. Ils arrivent à dix. On peut compter sur le fait que deux amis se perdront à des endroits incongrus. Le troisième est saoul et cruise quelqu’une au bar. Deux autres sont partis fumer ou sont aux toilettes. Le sixième et le huitième ont rencontré du monde qu’ils connaissaient et sont on ne sait pas top où (on les retrouvera plus tard jasant tout au fond). Les trois autres écoute attentivement dans un léger head bang.

  • Portrait du festivalier pro :

Il se tient à des endroits stratégiques dans les salles, c’est-à-dire debout proche des murs qui entourent la salle, mais surtout derrière complètement. Les bouts de rangée, s’il est assis, sont ses meilleurs amis. Sinon, on le retrouve dans des endroits spécifiquement aménagés pour lui ou dehors à côté du cendrier. Il est là pour des raisons professionnelles, pour la découverte et plus rarement parce qu’il tripe sur l’artiste (voir festivalier payant). Tu peux compter sur lui pour émettre son opinion sur ce qu’il est en train de regarder/écouter. Il peut se laisser aller à quelques mouvements de dance, mais juste lorsqu’il a consommé quelques breuvages, pas avant. Il parle souvent fort et reste rarement pour tout le show. D’ailleurs, il va avoir l’air pressé en quittant les lieux. Il regardera peut-être son cellulaire l’air soucieux pour le prouver. Durant le spectacle, plus il a l’air sérieux, plus il est attentif. Pour ton info, si tu en repères qui se sourient poliment, ça ne découle pas nécessairement d’une appréciation mutuelle. Utilise ton imagination et invente leur un motif.

Les types de clans sont aussi multiples que ceux de l’autre catégorie. Il y a celui qui arrive seul au spectacle et qui espère croiser quelques visages connus. Ceux qui arrivent en groupe de deux ou trois et qui se suivront avec un petit sentiment de sécurité et d’appartenance. Il y aura peut-être croisement d’équipes à un moment ou un autre. Certains arrivent seul et iront de groupes en groupes parce qu’ils sont imperméables aux clans. Si ton groupe comprend plus de six membres, c’est foutu. Une heure minimum avant d’arriver à un port, pas nécessairement à bon port, juste un port. Il va y avoir accumulation d’arrêts inutiles et tu n’y pourras rien. Il y a les leaders qui attirent plein de gens juste à se pointer dans un lieu et ceux qui sont toujours un peu seul.

Tu es maintenant outillé pour savoir quel type de festivalier se trouve à ta gauche. T’sais, celui que tu trouves lourd depuis un petit bout déjà. Bonne chance!

Chapeau encore pour une édition plus que réussie. FME, on t’aime. Point.

Audrée Loiselle et Mélissa Pelletier

Le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue, du 30 août au 2 septembre 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

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