Crédit photo : Christian Leduc

Aller au Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue, c’est toujours un brin rocambolesque. Il y a les spectacles oui, mais c’est aussi presque toute l’industrie musicale qui débarque pour faire le plein de découvertes avant la rentrée culturelle. Et disons que ça fête fort sur et devant la scène. Retour sur 6 spectacles de feu (et petite étude de faune). Malgré les 8 heures de route, les abus de route les vilains chats mordeurs (allô Audrée) et disons-le, la petite fatigue habituelle de FME, on s’est lancées à l’assaut du FME.

Hubert Lenoir

Hubert Lenoir rocke, point final. Mea culpa, c’était la première fois que j’arrivais à voir Hubert Lenoir en spectacle. Et je n’ai pas été déçue. Lenoir a ce charme des stars qui iront loin. Assumé, intense, loin de s’excuser pour ce qu’il est, l’artiste chante, danse, crie, saute, surprend. Ça va dans tous les sens, entre un party qui a éclaté dès les premières notes de Fille de personne, une danse quasi-lascive sur la chanson Momo avec des gens du public, un petit tour sur la balustrade de l’Agora des Arts… Hubert Lenoir n’a fait qu’asseoir une réalité dont on ne peut plus douter : son succès rapide n’était pas qu’une lubie soudaine. Il est là pour rester.

Les Hôtesses d’Hilaire 

Belle folie sont les mots qui peuvent bien décrire l’ambiance qui régnait au spectacle des Hôtesses d’Hilaire jeudi soir. Serge Brideau, qui nous a indiqué à plusieurs reprises que le Québec irait tellement mieux si on parlait chiac, était en grande forme. Avec ses acolytes, il a poussé les pièces de leur album Viens avec moi sorti en mai dernier, ainsi que des succès comme Fais faillite. Alors que Brideau scandait ses chansons rock avec force et dynamisme, les spectateurs ont redéfini le sens du mot « décalé ». Ça y allait par-là, et pas rien qu’un peu.

Klaus

C’est au Cabaret de la dernière chance que François Lafontaine (Karkwa), Samuel Joly (Marie-Pierre Arthur) et Joe Grass (Patrick Watson) nous ont donné rendez-vous pour un petit spectacle intimiste… qui allait finalement être plein à craquer. Une ambiance parfaite pour un projet qui va dans tous les sens. Klaus, c’est en fait un lieu de création avant tout. Pas de règles, pas de direction trop claire… C’est le défi sympathique que se sont lancés les musiciens pour Klaus. Ça donne un album incroyablement complet et riche. Sur scène, ça explosait tout autant. À voir pour le talent, pour l’originalité et pour la beauté, tiens.

Dave Chose

Crédit photo : Williams Nourry

La grande scène érigée pour accueillir les 4 musiciens avait été placée devant les fenêtres de devant qui s’ouvraient sur une grande terrasse. Des chums de fille qui étaient venues passer une soirée où elles pourraient décompresser de leur semaine en paix, semblaient être aux deux secondes agressées par la présence d’intrus dans leur bulle de nachos. Elles lançaient parfois des regards foudroyants qui s’accompagnaient d’une moue boudeuse aux autres spectateurs « On sort une fois par année et c’est mieux d’être optimal ».

Dave Chose a du panache. L’auteur-compositeur-interprète a beau n’avoir qu’un album et quelques spectacles derrière la cravate, il est chez lui sur scène. Son passage au Cachottier n’aura pas fait exception. Dans un cadre 5 à 7 bien sympathique – entre locaux un brin ahuris par l’affluence inhabituelle et les fans purs et durs qui chantaient bien fort TOUTES les paroles -, l’artiste a débuté avec Trou. Une pièce lente et intense, qui a bien lancé un tour de chant qui allait s’avérer bien rock. Entre les Lacteur rose, Pizza congelée et Machine, Dave Chose a tenté quelques « Allô! » pour finalement expliquer: « Ouf, il y a du monde hein. Je viens de me lever la tête! Je vais me dégêner pis on se rejase tantôt. » Habile de même le Dave. Et pourtant, ce n’est pas la gêne qui régnait sur scène. Oh que non. Avant d’entonner Le grand départ, Dave Chose a salué Louis-Philippe Gingras dans la foule : “Merci man!”. Après une Chez Françoise bien tassée, l’artiste est passé à Benson Gold, magnifique chanson d’amour.

Je salue le couple complètement en symbiose avec Dave Chose. C’était leur soirée, leur artiste, les tounes de leur couple. Elle, une grande robe fleurie et des yeux doux de plage. Lui, les yeux bleus pétants, il s’accrochait à sa Sleeman en beuglant au gré des cris gutturaux de Dave. Elle chantait avec les mots au fond du thorax, la tête surélevée vers le plafond habitée d’un état contemplatif. Un peu magique quand même, hein?

Karkwatson

Crédit photo : Christian Leduc

Le show attendu de la journée! Après avoir subis la petite mésaventure au spectacle de Yes McCan, à savoir que des gaz lacrymogènes ont été lancés dans la salle sans aucune raison valable par un petit comique, les spectateurs se sont empressés de se diriger vers l’Agora pour le spectacle de Karkwatson. Dès les premières notes, tout le monde s’est muni d’un sourire niais totalement conquis par la certitude de vivre un moment unique. Les fans de Karkwa qui avaient manqué le spectacle de retour du groupe à Petite-Vallée allaient pouvoir irradier une partie de leur FOMO avec ce spectacle-là (allô. Allô. ALLÔ).

Entre les balancements de tête, les débuts de mosh pit aussitôt essoufflés, les battements de cœur et les joies intenses, le gars avec une boule de cristal de prise dans sa couette, j’ai pris un moment de recul pour analyser la foule. Le gars à ma droite vivait visiblement quelque chose de fort, tellement qu’à un moment je lui ai demandé s’il pleurait. Il s’est arrêté directement, m’a regardé et dans un demi rire m’a répondu que non, wow là, c’était beau, qu’il gardait ça peut-être pour plus tard. Il était clairement gelé. Son trip avait l’air cool. Si tu me lis en ce moment, sache que j’ai des Advils pour toi en cas de besoin, chambre 160.

Je pourrais juste dire wow, et ça décrirait bien le tout. Très très bon coup du FME. On peut dire sans exagérer que le spectacle de Karkwatson était un moment historique. Dehors, les festivaliers ont fait la file une bonne heure question de ne pas manquer cette première représentation à l’Agora des Arts à minuit vendredi soir. Et avec raison. Quand on pense que ça faisait presque une décennie qu’on n’avait pas vu Karkwa et Patrick Watson partager la scène, il y avait de quoi être excité. Alors que les membres de Karkwa ont roulaient leur bosse en solo depuis quelques années, Watson a continué à écrire. Qu’est-ce que les gars allaient bien pouvoir nous jouer alors? Un feu roulant de chansons savamment retouchées et influencées par le style de l’autre artiste. C’est avec Le Compteur et Dormir le jour, pièces ironiquement bien choisie étant donné l’heure tardive, que le fun a débuté, sous les cris de la foule qui ne se contenait tout simplement plus dès les premières notes. Entre Hearts, Acouphène, Mieux respirer, Into Giants et Les Chemins de verre, les musiciens de haut calibre nous ont fait vivre des moments d’une pure beauté. Bravo, bravo, bravo.

À go, on repart!

Audrée Loiselle et Mélissa Pelletier

Le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (FME), du 30 août au 2 septembre 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

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