On aurait pu s’attendre à un concert planant et sophistiqué, à l’image de son album le plus récent, Until the Quiet Comes. Que non! Steven Ellison, alias Flying Lotus, carbure à la créativité; pour lui, il est hors de question de faire un simple copier-coller de l’album à la scène, ce qu’il a démontré lors de son passage à la Société des arts technologiques (SAT) le 13 mai.

Déjouant les attentes, le DJ/producteur/rappeur a offert à ses fans montréalais une expérience festive plutôt que cérébrale, avec des gros beats entraînants et beaucoup, voire trop, de remix de tubes hip-hop, dont « Who Am I (What’s My Name?) » de Snoop Dogg. Une formule qui a ravi la majorité des spectateurs (débordements d’enthousiasme et applaudissements à l’appui!), mais déçu les purs et durs de la musique expérimentale, préférant un FlyLo moins pop. Ces derniers pourront se consoler avec le prochain album de l’artiste, un projet de free jazz auquel collaborera nul autre que le pianiste Herbie Hancock.

De la vraie drogue

Le spectacle a commencé en force avec « Sultan’s Request », modifiée en version dansante pour l’occasion et accompagnée de projections hautes en couleur. Déjà, le public pouvait avoir une bonne idée des deux heures qui allaient suivre : un Flying Lotus en grande forme servant une musique électro-pop/hip-hop/post-dub devant un écran où se succèdent les images bizarroïdes (impressionnantes par moments et plutôt ordinaires à d’autres, rappelant les écrans de veille de Windows).

Au bout de quelques morceaux, Captain Murphy, « l’alter ego » de Flying Lotus, s’est invité sur scène au plus grand bonheur de ceux qui aiment le projet parallèle de Steven Ellison, plus rap qu’électro. Délaissant sa table de mixage, l’artiste s’est déchaîné sur scène, micro à la main, en interprétant « The Ritual », un morceau tiré de son mixtape Duality. Dans la peau de Captain Murphy, il a également présenté « The Killing Joke » et « Mighty Morphin Foreskin », qui ont reçu un bon accueil, mais tout de même moins d’enthousiasme que les remix. C’est que le DJ californien sait s’y prendre pour faire lever la foule en revisitant les hits des autres (Jay-Z, Kanye West, Snoop Dogg, etc.).

Steven Ellison n’a pas oublié ceux qui avaient acheté leur billet pour entendre du Flying Lotus, pigeant surtout dans ses derniers albums (tous deux excellents), Cosmogramma et Until the Quiet Comes. Sans surprise, on a eu droit à « Putty Boy Strut », « Do the Astral Plane », « Zodiac Shit », « DMT Song » et « The Nightcaller ». Fait étonnant : même s’il doit surtout sa réputation à ces morceaux, l’artiste a été moins applaudi pour eux que pour ses fameux remix. Peut-être aurait-il dû conserver leur côté plus recherché plutôt que d’en faire de la musique de party?

Lundi soir ou pas, Steven Ellison a tenu éveillé le public jusqu’aux environs de minuit et demi. « You’re real dope! », a-t-il lancé aux spectateurs, dans un état second aussi pour la plupart, comme drogués par la musique (ou autre). Thundercat s’est joint à lui pour les derniers milles, ce qui a donné une finale explosive, faisant oublier que le spectacle a un peu traîné en longueur.

Une mention spéciale pour Thundercat

Les premières parties aussi enthousiasmantes que le spectacle principal se font rares. Impossible donc de passer sous silence la performance incroyable de Stephen Bruner, alias Thundercat. Ce bassiste/chanteur, en plus de mêler savamment le funk, l’électro-pop et le rock progressif aux accents seventies, est un showman charismatique, qui a conquis le public, en particulier avec « Heartbreaks + Setbacks » et « Walking ». Thundercat a bien mis la table pour Flying Lotus en interprétant « MmmHmm », une chanson à laquelle il a d’ailleurs collaboré sur l’album Until the Quiet Comes. À vrai dire, la première partie était tellement excellente qu’elle a presque fait de l’ombre au concert de FlyLo.

– Edith Paré-Roy