The Flux and the Puddle de David Altmejd – détails. Crédit photo : René-Maxime Parent

Anachronisme certes, mais comment ne pas mettre en parallèle les expositions Flux de David Altmejd au Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) et Métamorphoses d’Auguste Rodin au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM)? Les œuvres de ces deux grands sculpteurs sont exposées à deux pas l’une de l’autre pendant tout l’été.

Avec Rodin, on commence avec le rôle de la main pendant la genèse, celle de Dieu qui descend du ciel pour façonner les êtres vivants. Pour Altmejd, l’expérience commence avec la tête de sa sœur trouée. Créateur du Créateur, Rodin valorise l’action même de créer. Chez Altmejd, il s’agit de se mettre dans la peau d’un australopithèque qui voit son reflet et qui cherche à se représenter avec ce qu’il trouve autour de lui. L’homme-singe est doté d’une conscience et d’un pouce agile qui lui permet de façonner des objets. Puis, le laborieux projet de La Porte de l’Enfer de Rodin inspiré de la trilogie de l’écrivain Dante semble être l’équivalent de la figure baroque du loup-garou pour Altmejd, l’antithèse ou l’origine, voire le pendant de son oeuvre.

Lorsqu’il modelait, Rodin tournait sa selle après un certain temps afin d’observer d’un autre angle les formes qui se dégageaient de la glaise. Pour lui, un modelage contenait plusieurs profils éphémères. Altmejd, pour sa part, multiplie les matériaux dans le but de composer avec les propriétés plastiques de chacun. La sculpture Le Spectre et la main (2012) représente un troupeau de zèbres à la course et l’effet optique créé par leurs rayures à travers le mouvement. Si le noir et le blanc de leurs dos sont faits d’une sorte de pâte mate, l’éclat émergeant de leurs ventres blancs, du nuage de poussière soulevé par leurs sabots et de l’intensité lumineuse est présenté par un espace vide à l’intérieur d’un plexiglas traversé de fils aux couleurs du prisme.

Rodin

Détails de l’exposition « Métamorphoses » de Rodin. Crédit photo : René-Maxime Parent.

Plâtrés à un siècle d’intervalle

Le travail du plâtre lie ces deux sculpteurs. Le plâtre a permis à Rodin de créer des assemblages. Les moulages conservés constituent ce qui nous rapproche le plus de ses modelages en glaise. La mise en place des forces vives du dépérissement et de la régénération du travail d’Altmejd fait écho aux premiers assemblages en sculpture. Ayant sculpté les murs de la salle d’exposition à mains nues, ce dernier utilise la propriété de proximité du plâtre. Il a aussi installé un faux mur sculpté à la main pour ajouter à l’illusion. L’exposition au MAC est un espace creux qui rappelle le creux dans la tête qui ouvre la visite. Cet espace se réfère à la grotte, lisse comme une noix de coco filamenteuse, qui a incubé cette métamorphose de l’homme à l’animal.

Si l’exposition au MAC se termine avec la sculpture noire d’un personnage sans tête suspendu par les pieds dont le haut du corps a été grugé et vidé, le MBAM expose une sculpture blanche d’un homme sans bras et sans tête avec une entaille dans le torse. J’ai eu l’impression que l’effet miroir dans l’œuvre d’Altmejd faisait écho à l’idée de « sculpture pure » dans la démarche de Rodin. Ces deux sculpteurs cherchent une authenticité dans le travail de la matière. Rodin laisse place à l’aléatoire en ne cherchant pas à réparer les sculptures antiques abîmées. Altmejd présente une fusion du soi et de l’autre, c’est-à-dire une présence primale dans le cycle de la vie.

Enfin, avec Untitled (Swallow) (2004) et Pierre de Wissant, tête colossale (1909), les deux sculpteurs abordent le monde des géants, des disproportions qui ne laissent personne indifférent. À comparer!

René-Maxime Parent

Flux de David Altmejd est exposé au Musée d’art contemporain de Montréal jusqu’au 13 septembre 2015.

Métamorphoses de Rodin est exposé au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 18 octobre 2015.