Quand une auteure aborde son roman par un «toast»  à la santé de trois femmes qui ont marqué votre perception de la littérature, la lecture qui s’ensuit augure bien.

Viviane n’est pas orpheline, mais a depuis longtemps refusé sa filiation; son père, un homme sensible à la gâchette et qui n’aime les êtres qu’une fois remplis de paille, n’est pas étranger à cette rupture. Pour s’émanciper tout en offrant à sa fille une famille qu’elle n’a pas eue, elle construit son monde autour d’amis qui seront ses piliers et sa source d’inspiration dans l’écriture de ses œuvres. Quand son repère s’éteint, Viviane décide de retourner à ses premières amours et fait cap sur la Belgique où elle remettra  tout en perspective et … je n’en dis pas davantage!

Il s’agit d’un premier roman pour Marjolaine Deschênes qui s’était, jusqu’à maintenant, fait principalement connaître pour ses poèmes.  Fleurs au Fusil  est  empreint de cette poésie et porteur  d’images fortes qui renforcent  le côté déstabilisant de l’œuvre. Déstabilisante pour les propos qu’elle tient, qui sont crus et forts en émotions, mais aussi déstabilisante en ce qu’elle rejette et embrasse plusieurs formes littéraires à la fois.

Celle qui défie la philosophie de Rousseau, le romantisme de Novalis ou le symbolisme de Rodenbach, construit étrangement son récit  autour de ces mêmes thématiques qui ont fait leur renommée. La nature, l’éducation, le deuil et la filiation sont partie prenante dans ce parcours initiatique vers la découverte ou (re)découverte de soi. Forcée à refaire face à son passé, la narratrice devra choisir entre l’acceptation et la répétition, car malgré le désir de rupture, certains liens sont intrinsèques; tenter de s’en dissocier n’est qu’une forme de déni. Qu’on parle d’un père biologique ou d’un père spirituel, il demeure dans notre processus de création.

Publié chez la Peuplade, Fleurs au Fusil est disponible en librairie depuis le 10 septembre.

Vickie Lemelin-Goulet