Le nom de l’auteure-compositrice-interprète Fiona Apple sonne une cloche à la plupart des gens, mais sans plus. Fredonner Criminal, sa chanson la plus populaire – et pas la meilleure –, permet à certaines personnes de mettre un visage (et un refrain) sur son nom. Il n’en demeure pas moins que l’artiste reste dans l’ombre malgré sa voix profonde, sa créativité musicale et ses chansons accrocheuses, flirtant avec la pop, le jazz, la musique classique et le spoken-word. Son univers plutôt glauque, dérangé et dérangeant, participe sans doute à sa position ambiguë dans l’industrie musicale, qu’elle considère d’ailleurs comme superficielle (« a world of bullshit »). Et vlan!

Si Sony produit les albums de Fiona Apple, c’est en rechignant : ses chansons ne seraient pas assez « commerciales pour jouer à la radio ». Son état de santé instable, l’amenant à annuler plusieurs concerts, fait également grincer des dents sa maison de disques. Il a donc fallu plusieurs années et l’appui de ses fans (pétitions et manifestations) pour que la chanteuse puisse finalement mettre ses deux derniers albums en marché. La patience est une vertu…

Il était temps!

C’est donc avec des applaudissements chaleureux que 1500 fans – peu nombreux, mais survoltés –, ont accueilli Fiona Apple à l’Olympia le 3 juillet. Comme il s’agissait de son premier spectacle à Montréal malgré ses seize ans de métier, des effusions de joie ont fusé : « Marry me! », a crié une fan pendant une chanson. D’autres spectateurs se sont improvisés choristes, scandant toutes les paroles – beaucoup plus fort, et moins bien qu’elle, hélas. Bonne joueuse, Fiona a remercié la foule de lui venir en aide pour les paroles. Il faut dire que l’artiste, aussi talentueuse soit-elle, semblait quelque peu déconnectée par moments. Son anorexie, qui saute aux yeux, ne doit pas aider à sa capacité de concentration. Pour ma part, j’ai passé les trois premières chansons à avoir peur qu’elle casse en deux et à vouloir la nourrir…

Sa fragilité physique mise de côté, Fiona Apple semblait en bonne forme musicalement, tout comme ses cinq musiciens. Ces derniers ont bien rendu les pièces puisées de tous les albums, improvisant à la fin de quelques-unes et donnant une dimension tantôt jazzy, tantôt trash à certaines. La chanteuse, quant à elle, ne se retenait pas pour gueuler ses textes, alors que sur ses albums, elle se garde une petite gêne…

Colérique, mais gentille

Alors que son attitude rappelle celle des musiciennes issues du mouvement des riot grrrls, Fiona Apple a assuré entre deux chansons être une gentille fille. Il faut le croire sur parole, ce petit bout de femme à la voix puissante et aux textes coups de poing! Elle a expliqué aux spectateurs que sa musique détenait pour elle une fonction cathartique : « I’m not angry ‘cause my songs are out of me. That’s why I’m a nice person. » Il en va sûrement de même pour ses fans, soutenus par les chansons aux thèmes lourds (rupture, agression sexuelle, dépression, etc.) durant des moments plus difficiles de leur vie… ou pendant qu’ils font leur vaisselle (ma façon de trouver cette tâche moins pénible et presque agréable, si une telle chose est possible).

Sa gentillesse connaît tout de même ses limites puisqu’elle n’a donné aucun rappel, ce qui laisse toujours sur une drôle de note. Au moins, Fiona a lancé un « I love you! » à la fin du concert. Pour patienter avant le prochain – qui viendra, on l’espère, avant les seize prochaines années – on pourra se consoler avec cette déclaration d’amour et surtout avec le majestueux dernier album : The idler wheel is wiser than the driver of the screw and whipping cords will serve you more than ropes will ever do. Non seulement le titre est à couper le souffle, mais la musique aussi.

– Edith Paré-Roy