Parce que l’année scolaire commence généralement en septembre, quelqu’un, quelque part, a décidé que l’automne était la meilleure saison pour lancer la programmation culturelle, que ce soit en littérature, en théâtre ou en cinéma. Les distributeurs ont tendance à croire que tout le monde attend la tombée des feuilles pour se garrocher au cinéma devant un film de qualité, le restant de l’année étant réservé au dumping, aux lancements risqués et aux films d’été (qui ont généralement très mauvaise réputation, surtout auprès des détracteurs du blockbuster). Soit, jouons le jeu. Entre « les appâts à oscars » créés sur formule et les navets de super-héros (pas que les films de super-héros soient généralement douteux, mais ceux qui sortiront dans les prochains mois le seront assurément) plusieurs films valent franchement le détour, que ce soient des valeurs sûres ou des projets intrigants. Parlant d’intrigant, commençons par le film le plus curieux de la liste.

Mandy
14 septembre 2018

Toutes les images promotionnelles de Mandy montrent un Nicolas Cage couvert de sang, parfois calme, parfois en train de crier. Nicolas Cage a tendance à alterner entre les chefs-d’œuvre et une quantité assez impressionnante de navets, mais quand il est bon, mon Dieu qu’il est bon! Depuis 2014, il est diablement productif : il a joué dans quatre à cinq films par an (sauf en 2015, seulement deux films!). On était donc dû pour un nouveau bijou. Mandy semble être le retour triomphant de Cage qui incarnera cette fois un veuf lancé dans une terrible vengeance contre une secte religieuse au cœur des années 80. Si la promesse d’un Cage déjanté (or dans ce film-là, il semble bel et bien l’être) n’est pas suffisante, on peut aussi ajouter qu’il sera dirigé par Pamos Cosmatos, le réalisateur du thriller de science-fiction culte Beyond the Black Rainbow (2010), un bel hommage psychédélique aux films dystopiques des années 70. Beyond the Black Rainbow était une belle illustration des talents de Cosmatos pour ce qui s’agit des exercices de style, on ne peut donc que rêver de ce qu’il fera d’un Nicolas Cage déchainé dans un pastiche des films de vengeance des eighties.

La disparition des lucioles
21 septembre 2018

« Je suis comme la reine de cœur dans Alice au pays des merveilles, je veux couper la tête à tout le monde ». Sébastien Pilote, d’habitude bien versé dans les œuvres politiques, se penche dans son dernier long-métrage sur la rébellion de la jeunesse et à la verve mordante qui l’accompagne souvent. On y suit Léo, qui est pleine de contradictions, tout comme sa famille : son père est un syndicaliste notoire exilé dans le nord par la faute d’un chroniqueur de radio poubelle, chroniqueur qui se trouve être le beau-père de Léo. Après avoir seulement vu la bande-annonce du film, qui n’est essentiellement qu’un assemblage de répliques de Léo s’attaquant avec toute sa hargne et sa naïveté à ses parents, son lieu de naissance, son avenir, et pas mal tout ce qui l’entoure, je dois dire que j’en prendrais bien une heure et demie de plus. C’est la première fois que Pilote s’attarde à des protagonistes de moins de cinquante ans et le résultat semble assez rafraichissant.

The Sisters Brothers
21 septembre 2018

Même si son petit dernier (Dheepan – 2015) a franchement déçu, Jacques Audiard est assez doué pour pondre des mélodrames. C’est peut-être ce qui détonne quand on apprend qu’il est à la barre de l’adaptation du roman culte de Patrick deWitt. Les Frères Sisters a reçu de nombreuses mentions, dont le prix du gouverneur général, et son succès auprès du public ne fait aucun doute. Mais le roman est surtout connu pour son humour noir et sa tendance au picaresque, deux éléments qui ne collent pas tellement au réalisateur français, ni à la bande-annonce du film qui semble très sombre. Cela étant dit, les frères du titre sont campés par Joaquin Phoenix et John C. Reilly, dont c’est la compagnie de production qui a fait acquisition du film. Premier film américain d’Audiard, il détonnera peut-être avec le reste de son œuvre.

The Old Man and the Gun
28 septembre 2018

Et si un braqueur de banques était aussi l’homme le plus charmant du monde? Pas dans le sens que c’est un gars charismatique, non, c’est vraiment un vieux monsieur adorable qui se trouve être un arnaqueur professionnel et un voleur de grande envergure. Qui plus est, le mignon délateur est joué par Robert Redford, Monsieur Charisme en personne, dans son dernier rôle avant de prendre sa retraite. Pas mal sûr que je ferais confiance à Redford pour tenir un tel film sur ses seules épaules, mais il est aussi accompagné par Cassey Affleck, Danny Glover, Sissy Spacek et Tom Waits. Et comme si ce n’était pas assez, tout ce beau monde est dirigé par David Lowery, réalisateur d’un des meilleurs films de l’année dernière (Ghost Story) et de la très belle romance criminelle du Far West, Ain’t Them Bodies Saints (2013).

Au poste
12 octobre 2018

On ne sait pas grand-chose d’Au poste, si ce n’est que tout le film se passe lors d’un interrogatoire dans un poste de police. Le commissaire (joué par Benoît Poelvoorde) passe toute une nuit à cuisiner le principal suspect d’un meurtre. Ah, aussi, le film commence avec un homme en maillot de bain dirigeant un orchestre dans un champ. Quentin Dupieux est connu pour son humour meta et son sens aiguisé de l’absurde, après tout, il s’est fait connaître en tant que cinéaste avec Rubber (2010), le célèbre film de pneu tueur télépathe. Je ne demande pas plus de la vie que ce gars-là qui dirige le dément Poelvoorde.

Widows
16 novembre 2018

À Chicago, alors que quatre cambrioleurs trouvent la mort dans un vol raté, leurs veuves, criblées par les dettes de leurs maris, se rencontrent, font connaissance et décident de terminer le travail. Se rangeant plutôt du côté du drame social que de la comédie d’action divertissante à la Ocean’s Eleven (2001), le film réunit toute une équipe. Du côté des acteurs, on a Viola Davies, Michelle Rodriguez, Robert Duvall, Liam Neeson et Jon Berthal, avec Steve McQueen (Hunger, Shame, 12 Years A Slave) derrière la caméra et au scénario, la romancière à succès Gillian Flynn qui avait déjà écrit l’adaptation au cinéma de son roman Gone Girl. Je serais déjà vendu avec une prémisse pareille, mais sachant que Flynn et McQueen s’en occupent, il n’y a vraiment pas de doute à avoir, surtout connaissant le parcours sans tache de McQueen : chacun de ses films m’est rentré dedans, je le suivrais les yeux fermés.

The Favourite
23 novembre 2018

Parlant de réalisateurs que je suivrais aveuglément (c’est un automne très excitant pour moi), Yorgos Lanthimos a rendu Cannes tout croche quand il y a présenté Canine (2009) et a fait rire jaune le monde entier avec sa comédie dystopique sur les relations amoureuses (The Lobster, 2015). J’ai écouté The Killing of a Sacred Deer il y a quelques semaines et je ne sais toujours pas si c’est la chose la plus pathétique ou la plus drôle que j’ai vue. Toujours est-il que Lanthimos a une signature unique et qu’il travaille avec le malaise comme si c’était un scalpel de chirurgien. Dans The Favourite, Rachel Weisz et Emma Stone campent deux cousines qui rivalisent pour devenir la servante favorite de la reine Anne. The Favourite marque peut-être une nouvelle étape dans l’œuvre de Lanthimos. Non seulement c’est son premier film historique, mais aussi la première fois depuis Kinetta (2005) qu’il ne collabore pas avec son scénariste habituel, Efthymis Filippou. Ça risque d’être assez différent.

Le Poirier Sauvage
30 novembre 2018

Le réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan est un habitué des festivals. Comme de fait, chacun de ses huit longs métrages a récolté un prix, dont trois sont allés chercher le prix de la réalisation, le Grand Prix et la Palme d’Or à Cannes (respectivement, Les Trois Singes – 2008, Il était une fois en Anatolie – 2011 et Sommeil d’hiver – 2014). Pas besoin de dire qu’en règle générale, la sortie d’un film de Ceylan constitue en soi un événement. Ses films, souvent ponctués de longs plans et de silences appuyés flirtent avec l’existentialisme et la contemplation. Bien qu’ils soient en règle générale assez longs (ses derniers font plus de trois heures) on ne s’y ennuie pas une seconde. Le Poirier Sauvage s’attarde à la vie d’un aspirant auteur qui tente de mettre de l’argent de côté pour publier son roman mais qui doit aussi gérer les dettes de son père.

Suspiria
novembre 2018

Il y en a qui vont crier à l’outrage, peut-être auront-ils raison. Suspiria (1977) de Dario Argento est un chef-d’œuvre du film d’horreur et vaut le détour même pour ceux qui n’apprécient pas le genre, ne serait-ce que pour la trame sonore de Goblin et la mise en scène qui a fait la réputation du réalisateur italien. Luca Guadagnino (I am love – 2010, Call Me By Your Name – 2017) prétend qu’il s’agit moins d’un remake que d’un hommage à l’émotion qu’il a ressenti quand il a vu le film original. Ça vaut ce que ça vaut. Les fans redoutent le remake peu importe de qui il vient et même si le dernier de Guadagnino a divisé la critique, force est d’admettre que son esthétique léchée et tape à l’œil pourrait convenir à l’esprit de Suspiria. D’un côté, la distribution est assez respectable (Tilda Swinton, Dakota Johnson, Chloë Grace Moretz, et Jessica Harper, la star du film original), de l’autre, le film fera deux heures et demie, soit presque une heure de plus que la version d’Argento, ce qui est tout de même un peu intimidant. Il ne s’agit pas ici d’une valeur sûre, mais retentissant succès ou cuisant échec, Suspiria risque d’être un des événements cinématographiques marquants de l’automne.

Une affaire de famille
7 décembre 2018

Kore-Eda Hirokazu (After Life – 2008, Personne ne sait – 2004, Still Walking – 2008) est sans conteste l’un des réalisateurs japonais les plus importants des vingt dernières années. Reparti bredouille de Cannes presque à chacune de ses visites, il finit par obtenir le prix du jury en 2013 pour Tel père, tel fils. Mais il lui aura fallu attendre cette année pour enfin décrocher la Palme d’Or qu’il méritait depuis longtemps. Une affaire de famille (personnellement, je préfère la traduction littérale du titre original, soit « La famille des vols à l’étalage ») sera-t-il à la hauteur de la distinction? Si les films de Kore-Eda brillent par leur subtilité et leur discours social, ce sont généralement ses personnages qui vont le plus me chercher. Les protagonistes forment ici une famille que la pauvreté force au vol. Mais quand ils trouvent une orpheline victime d’abus dans la rue, ils n’ont pas le cœur de la laisser seule. Je pense avoir trouvé mon film de Noël de cette année.

Bonus : Minuit au Parc.

Le Cinéma Du Parc renouvelle cet automne sa sélection de minuit (films de genre projetés les vendredis et samedis à 23h30 et en reprise les dimanches à 14h30) dès le 14 septembre. Comme d’habitude, ce sera l’occasion de découvrir ou redécouvrir certains classiques d’horreur (comme Night of the Living Dead – 1968, The Hunger – 1983 et le Suspiria d’Argento). On aura aussi l’occasion de voir Laissez bronzer les cadavres, qui connaitra là sa première sortie au Canada, bien qu’il ait déjà été accueilli au Festival du nouveau cinéma en 2017 avec de chaleureux éloges.

Sur ce, bon cinéma!

Boris Nonveiller

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