Preservation Hall Jazz Band

J’ai eu la chance d’assister à mon premier spectacle du Preservation Hall Jazz Band il y a quatre ans : j’y ai découvert un groupe dynamique et entraînant et surtout un fervent défenseur des traditions de la musique de la Nouvelle-Orléans. Pas étonnant que le FIJM invite aussi régulièrement ces musiciens de grand talent à son rendez-vous annuel. Cette année, le groupe donnait rendez-vous à son public montréalais le 3 juillet à la Maison symphonique, rien de moins, avec, en première partie, la chanteuse Ala.ni.

Fondé en 1963, le Preservation Hall Jazz Band s’assure depuis 55 ans de garder vivant la tradition jazz, mais n’a pas pris une ride : la complicité évidente des sept instrumentistes (dont cinq qui sont aussi chanteurs) présents mardi était le rappel que le jazz est un grand rassembleur. Il était beau de voir les musiciens s’échanger des solos sur une musique entraînante mais sans prétention, rappelant l’époque où le jazz n’était pas un concours de celui qui pourrait jouer le plus de notes dans une secondes. On ne peut que saluer le talent et la générosité de Ben Jaffe (contrebasse, tuba), Charlie Gabriel (saxophone), Clint Maedgen (saxophone), Ronell Johnson (trombone), Walter Harris (batterie), Kyle Roussel (piano) et Mark Braud (trompette), qui ont livré plus d’une heure et demie de musique intemporelle. Saluons aussi le vénérable Charlie Gabriel, qui fêtera la semaine prochaine son 86e anniversaire. À l’écouter jouer, il semblait pourtant toujours aussi fringant qu’un musicien dans la trentaine.

Mention au passage à Ben Jaffe qui a collé dans son dos les mots « I Care », référence peu subtile au débat qui fait rage aux États-Unis avec les récentes vagues d’immigrants. On comprend que les membres du PHJB ne sont pas de fervents supporteurs du président Donald Trump, ce qui a certainement suscité encore plus de respect de la part de l’assistance montréalaise.

À la veille de leur emblématique Fourth of July, les Américains avaient particulièrement envie de s’éclater et ont tout donné pour faire lever la foule à la Maison symphonique. Foule qui répondait positivement aux invitations de taper des mains sur les contretemps (déjà un exploit en soi) et qui applaudissait chaleureusement chacun des nombreux solos, mais qui ne semblait pas prêt à festoyer autant que les musiciens sur scène. Peut-être était-ce le côté très sérieux de la Maison symphonique qui créait cette distance, mais le groupe n’a semble-t-il réussi à faire bouger le public qu’à la fin du spectacle, après lui avoir demandé de rester debout le temps d’une chanson. Pourtant, ce n’est pas que le tromboniste Ronell Johnson n’a pas tout fait pour divertir le public, lui qui a pratiquement dansé tout le long du spectacle en gardant un sourire contagieux, perceptible jusqu’à l’autre bout de la salle. Il a d’ailleurs eu droit – avec raison – aux applaudissements les plus sentis lors de la présentation des musiciens. Les musiciens ont assuré qu’ils se sentent toujours à la maison lorsqu’ils viennent jouer à Montréal, mais tout de même, on sent qu’ils auraient mérité encore plus d’amour de la part du public.

Première partie : Ala.ni

Ala.ni / Photo : Yanis Baybaud

Plusieurs étaient en mode découverte, n’ayant que peu ou pas entendu parlé de la chanteuse londonienne d’origine grenadienne Ala.ni. Elle était simplement accompagnée de son guitariste Marvin et est entrée en toute discrétion sur la grande scène de la Maison symphonique. Chuchotant presque à son public, elle a livré des chansons feutrées où se mêlent jazz et soul. Elle s’est lancée, après avoir souligné la température, dans une série de chansons douces ayant comme large thème l’amour, et a montré qu’elle ne faisait pas que chuchoter lorsqu’elle a quitté la scène pour chanter dans la salle, lui valant une ovation debout. Elle a montré son humour à quelques reprises, mentionnant la belle vue que devaient avoir quelques membres de l’assistance de la première rangée sous sa robe, et sa séance d’improvisation sur des fragments de textes écrits par le public.

Finalement, Ala.ni a aussi montré qu’elle n’avait pas peur d’arrêter sa performance si elle en voyait la nécessité : l’a fait à deux reprises, lorsqu’un homme est tombé au bout d’une rangée, puis à sa dernière chanson, vraisemblablement pour laisser sortir une personne qui ne tenait pas à l’entendre jusqu’au bout. Gageons que cette personne ne se lèvera pas de sitôt durant un spectacle, et espérons que d’autres auront compris le message : arrivez à l’heure, faites votre pipi avant de vous asseoir, et assurez-vous d’être discrets si vous décidez de quitter avant la fin.

Le Festival international de jazz de Montréal, du 28 juin au 7 juillet 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

– Olivier Dénommée

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