Crédit photo : Frédérique Ménard-Aubin

Le Festival international de jazz de Montréal (FIJM), qui prend d’assaut les rues montréalaises depuis 1980, accueille quelque 2 millions de visiteurs chaque année qui y consomment 60 000 litres de bières et 2500 kilos de frites. Aucune statistique sur la consommation de vin, je suis un peu déçue. Quoi qu’il en soit, ce festival sait rallier tous types de mélomanes, que l’on apprécie la musique jazz ou moins. Vrai pilier économique qui a à cœur la découverte et la pérennité musicale à travers la métropole, mais également mondialement. Bref je suis vendue d’avance à cet événement, que l’on considère comme un acquis patrimonial. Retour sur la fin du marathon.

Barbra Lica

Jour de poubelles roulantes et paradis du ramasseux, ce 1er juillet marquait la mi-festival et j’avais choisi de me laisser bercer par la douce voix pop-pétillante de Barbra Lica. Dans un jazz décomplexé et une énergie étincelante, l’auteure-compositrice se baladait de chansons en anecdotes, alors qu’un joli bébé arborant des écouteurs immenses dansait au son des notes, à quelques pas de moi.

Après avoir dédié une chanson à Cookie le chat, elle a entonné la superbe Coffee Shop. J’observais le public captivé assis sur la terrasse du Hyatt et je ne pouvais m’empêcher de songer au fait que ce spectacle devait être sublime en lieu clos plus intimiste.

Lica s’est transportée vers l’élégant piano à queue le temps de quelques chansons, tout juste avant la « bataille à mort » de deux de ses musiciens. Just One Of Those Things comme champ de guerre alors que son pianiste et son contrebassiste se narguaient jovialement de solos assumés. Un moment très fort.

On comprend pourquoi la Torontoise est qualifiée d’étoile montante jazz.

Too Many Zooz

Crédit photo : Benoit Rousseau

Jeudi, alors que la moitié de la ville peinait à se déplacer à cause de l’humidité oppressante et de la chaleur accablante (c’était l’apothéose de l’inconfort), Too Many Zooz s’emparait de la grande scène pour deux représentations. Le groupe new-yorkais, qui s’est fait connaître grâce à une vidéo Youtube devenue virale en 2014, a carrément laissé la foule pantoise de par son énergie inébranlable.

Leo était en fusion totale avec son saxophone en alternant mouvements saccadés et pas de danse, alors que Matt, vêtu de son veston à paillettes, suait à grandes lampées au bout de sa trompette. King of Sludge (David) s’affairait à sa grosse caisse qu’il a lui-même patentée, en y annexant tambourine et cloches à vache, par exemple.

Un style dangereusement efficace et électrisant, que les gars caractérisent eux-mêmes de Brass House. Le nom du groupe n’a pas été laissé au hasard puisqu’à les regarder habiter l’espace et à les écouter envahir le temps on a en effet l’impression d’assister à un patchwork animalier sur fond de savane. L’expérience Too Many Zoo, à découvrir absolument!

Peu après que Leo ait léché son saxophone langoureusement, avec un regard de « Prenez-moi comme je suis », je me suis dirigée vers la scène Rio Tinto.

David Myles

Crédit photo : Victor Diaz Lamich

Je vais me permettre une petite parenthèse ici, que je considère importante. J’ai eu la chance de travailler avec plus de 250 artistes internationaux et locaux en tant que relationniste et ils étaient tous bourrés de talents. Maintenant j’écris également, parce que je considère la musique comme étant un langage universel, bénéfique et moteur de créativité. J’appréciais réellement ces artistes et leur musique, pour cette raison j’écrirai à l’occasion sur certains d’entre eux. Parce qu’ils sont nombreux, extrêmement talentueux (je le répète) et parce que je ne passerai pas à côté d’un pan complet de musicalité pour de mauvaises intentions qu’on pourrait m’attribuer. La musique devrait être un lieu d’échange, de découvertes et d’ouverture où l’on peut émettre un regard critique dans le respect. Je remercie Les Méconnus d’être sur la même longueur d’onde que moi sur cet aspect.

Je suis donc transparente, David Myles fait partie d’un de ces artistes. J’ai toujours aimé sa musique d’un registre autant diversifié que riche, sa candeur, sa rigueur mais aussi sa personnalité à la fois forte, enjouée, empreinte d’émerveillement, avec une touche rieuse tout-à-fait charmante. C’est pourquoi quand j’ai vu qu’il se produisait au Festival cette année, je me faisais une joie d’aller l’écouter pour en parler ici.

Armé de ses habiles musiciens, Mike Belyea (batterie), Allan Jeffries (guitare), Kyle Cunjak (basse), Mahalia Smith (voix) et Reeny Smith (voix), David Myles dans son éternel veston-cravate s’est présenté devant une foule à moitié attentive, probablement dû au fait qu’ils avaient du mal à se tenir debout trop pris par la fonte de leur propre peau. Malgré tout, David était d’une jovialité caractéristique contagieuse.

Au bout d’un moment, Myles s’est écrié en anglais « En me regardant, vous ne voyez peut-être pas un homme qui prend de grands risques, mais c’est faux! Et je m’apprête à en prendre un gros maintenant ». Il venait de s’emparer d’une trompette et n’était qu’accompagné que de son contrebassiste et de son guitariste. Un très beau moment.

Puis, il nous a offert une toute nouvelle pièce en français, qui sera à paraître le 14 septembre sur un album entièrement dans la langue de Molière, avec la participation spéciale de François Lafontaine. On a déjà hâte!

Toute la tribu était de retour sur scène pour interpréter la très belle pièce Quiet After Violence, où les sœurs Smith prenaient une place particulière en unissant à merveille leur voix d’une chaleur envoûtante. Le spectacle s’est conclu avec la chanson à saveur country When It Comes My Turn, puis avec la très rythmée Night and Day issue de son album Real Love. Malgré le fait qu’il est plus facile d’apprécier les histoires (il est un raconteur hors pair) et les variations de courants dans la musicographie de David Myles en salle, c’était un pari plus que réussi pour ce Néo-Brunswickois d’origine.

Le VIP de The War On Drugs

Ce concert extérieur était l’attendu (avec un A surligné-gras) des concerts extérieurs du FIJM par les mélomanes de mon entourage. Nous étions plusieurs à vouloir impérativement assister à ce spectacle et nous le disions avec des étoiles au fond du regard, puisque rares sont les fois où le groupe s’est produit en sol montréalais, c’est-à-dire trois à peine. Un spectacle qui allait s’avérer excellent, sans surprise. Je me suis alors tournée vers la faune du VIP.

J’ai zigzagué à travers l’espace au son de la percutante voix d’Adam Granduciel et à la vue des lasers perçant la densité de l’espace. Esquivant un instant une fille déjà légèrement enivrée en train de manquer une marche, près du bar. Alors que la moitié de l’industrie musicale s’était donné rendez-vous dans l’espace, j’ai repéré du regard les programmateurs du Festival tout sourire et l’air visiblement soulagé. Probablement euphoriques d’avoir une petite pause de la polémique SLĀV et de pouvoir profiter deux secondes d’un moment d’allégresse, comme le reste de la foule.

Sorti du bout du bar, Jon Matt (The Franklin Electric), qui s’était produit lors d’un show corpo plus tôt dans la journée, s’élançait vers son frère de label Devon Portielje (Half Moon Run), adossé au seul arbre du VIP. Dans l’attente d’un petit rafraîchissement alcoolisé, j’échangeais (gueulais) des obscénités imaginaires avec mon amie Gen. Alors qu’on se criait notre puérilité, j’ai remarqué l’air de Jeff, un pur inconnu au visage de « Mais qu’est-ce que je fais ici? ». Immaturité rentre-dedans, on s’est dirigées vers d’autres confins. Par d’autres confins, je veux dire aller observer furtivement mais trop longtemps Marc-André Grondin transportant sur ses épaules une mignonne fillette aux light sticks multicolores.

Non loin se trouvait l’actrice Charlotte Aubin, que nous avons croisée à quelques reprises durant la soirée. Herby Moreau chillait ici et là avec son sourire bien que trop blanc. Comment tu fais ça Herby? Tu rajoutes genre de la petite vache et du citron à ta pâte à dents pour un éclatant sans précédent? Pourquoi on n’est jamais mis au courant de ces affaires-là?

Sinon, salutations au nouveau couple très mal à l’aise, qui batifolait dans la foule après le spectacle. On était au moins cinq à les observer faire leurs accolades mi-danse mi-kata en guise de rapprochement. C’était l’affaire la plus absurde. Encore aujourd’hui, je me demande si la magie a opéré suite à la demi-bascule que le garçon a fait subir à sa compagne visiblement désemparée. Est-ce que cette danse d’oiseau paradisier a eu l’effet escompté? Nous ne le saurons jamais malheureusement, mais c’était ô combien divertissant.

C’est ainsi que s’est terminée ma soirée, en route vers le Pool Room pour le fidèle graisseux fermeture de festival, parce que le Midway était trop rempli.

À l’année prochaine le Jazz! Pour découvrir toute notre couverture de la 39e édition, c’est ici.

– Audrée Loiselle

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