Photo : Victor Diaz Lamich

Vendredi, il faisait chaud et humide partout à Montréal. Partout? Il restait bien quelques endroits où on pouvait complètement oublier la canicule et même avoir quelques frissons (et pas juste à cause de la clim). La Maison symphonique était un de ces endroits avec au programme des performances majestueuses d’Ólafur Arnalds et de Jean-Michel Blais.

On repassera pour le sujet amené, mais on s’y sentait véritablement dans un monde parallèle où le temps (l’heure comme la météo) n’avait plus vraiment d’importance. Les deux artistes, différents dans leur approche mais similaires dans leur quête de susciter l’émotion, avaient énormément à dire à travers leur musique instrumentale. Survolons quelques moments-clés de la soirée :

Jean-Michel Blais

Malgré l’expérience de deux albums et un EP, le pianiste montréalais Jean-Michel Blais a eu bien du mal à cacher son stress de monter tout seul sur la scène de la Maison symphonique. Assis derrière le piano, il a attendu un moment qui a semblé une éternité avant d’entamer Roses, tirée de son dernier album, Dans ma main. Dès la première pièce, le pianiste a intégré l’utilisation de son ordinateur pour ajouter des couches et des sons différents à l’expérience qui se voulait douce et atmosphérique, se rapprochant de l’album qui incorpore justement beaucoup d’éléments de la musique électronique. Une question nous est tout de même venue quand on l’a vu s’étirer le bras pour lancer l’enregistrement : va-t-il réussir toutes ses entrées et garder le tout naturel? Réponse brève : oui!

Car, malgré son stress évident, Blais est resté en parfait contrôle tout le long de sa performance où il a alterné entre morceaux plus néo-classiques et pièces tombant carrément dans l’électro. Mais c’est entre ses pièces qu’il s’est montré plus vulnérable et surtout humain. Ses premiers mots après Roses ont été, sur un ton incrédule : « Faque je suis à la Maison symphonique! » Il s’est adressé à plusieurs reprises à son public, l’avertissant que son set passerait d’un extrême à l’autre et expliquant le concept derrière plusieurs de ses compositions, leur donnant dans plusieurs cas un tout nouvel éclairage. Blais a surtout été bon joueur face au public retardataire et aux gens qui semblaient d’être passé le mot pour tousser à tour de rôle pendant un moment calme. Il a même été jusqu’à remercier les gens qui toussaient!

Photo : Benoit Rousseau

À la fin de la performance, petite surprise : la « finale » A Heartbeat Away s’est conclue avec une portion de chanson aux allures rétro qui reprend le titre dans ses paroles. Ne connaissant pas la chanson en question, je ne sais pas si le titre de cette autre chanson est le même, mais recherche faite, cette expression est plutôt populaire dans le monde de la musique! Les rires se sont fait entendre dans la salle, mais Jean-Michel Blais n’allait quand même pas partir sur ce clin d’œil et a terminé avec le rappel Il, pièce-titre de son premier album avant de quitter la scène, visiblement satisfait. Au total, il a été sur scène pendant 1h20 et a franchement mis la barre haute pour l’Islandais.

Ólafur Arnalds

Lorsque les lumières se sont éteintes dans la salle, le pianiste est venu seul au piano, commençant tout doucement une des ses compositions. Il suffisait quand même de regarder la scène pour voir qu’il serait bientôt rejoint par d’autres musiciens : un quatuor à cordes et un batteur, ajoutant une belle intensité aux pièces d’ÓlafurArnalds. Le premier frisson est d’ailleurs venu très, très rapidement, dès la première pièce, quand les violons se sont mis de la partie.

Si Blais avait montré sa vulnérabilité entre ses pièces, Arnalds, lui, a montré son grand sens de l’humour, déclenchant les rires à presque chacune de ses interventions, son accent islandais aidant certainement un peu. Il a aussi pris le temps, de rappeler qu’il a déjà vécu au Canada pendant son adolescence, dans un « endroit ennuyeux appelé Halifax ». Cette période lui a pourtant permis de composer la musique de son premier album, Eulogy for Evolution, lancé en 2007. Beau clin d’œil du compositeur! Sinon, un des moments les plus touchants de la performance a été Lag Fyrir Ömmu, écrite peu après le décès de la grand-mère d’Arnalds, sa plus grande fan.

Le spotlight a aussi largement été laissé à ses musiciens, qui jouaient à merveille ses arrangements. On a même eu droit à un solo d’alto chaudement applaudi. Du côté du batteur, il se faisait généralement assez discret, se contentant d’accentuer certaines pièces, à l’exception d’une où il semblait décidé de voler la vedette. C’est le seul moment qui m’a fait sourciller du spectacle, alors que tout le reste était impeccable.

Photo : Victor Diaz Lamich

Après avoir complimenté la qualité de la salle et joué sa dernière pièce, Arnalds n’a pas eu le choix de revenir pour un long rappel qui s’est terminé avec un fade out qui semblait impossible à réaliser : ses musiciens et lui ont diminué le volume jusqu’à ce que ce soit le silence complet dans la Maison symphonique. Pendant de longues secondes, tout le monde semblait avoir cessé de respirer pour seulement vivre le moment. Impressionnant! Il est finalement parti après 1h30, sous les applaudissements de près de 2000 personnes comblées.

Le temps s’était bien arrêté le temps du spectacle qui débutait à 19h, mais à la sortie de la salle, on a bien vu qu’il était déjà 22h30! Heureusement que c’est la fin de semaine parce que d’autres beaux spectacles nous attendent!

Le Festival international de jazz de Montréal, du 28 juin au 7 juillet 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

– Olivier Dénommée

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