GoGo Penguin / Photo : Frédérique Ménard-Aubin

Après avoir assisté la veille au spectacle chargé de Kamasi Washington, on change d’esprit avec un dimanche où les trios jazz sont à l’honneur au Club Soda. Logiquement, ça devrait être plus facile de suivre un ensemble de trois musiciens qu’un de huit, non? Pas avec GoGo Penguin et sa première partie Moon Hooch, au contraire!

Moon Hooch

Il y a quelque chose de fascinant avec les trios jazz. Ils sont à la fois de très petits ensembles qui laisseraient théoriquement peu d’espace pour des arrangements complètement différents d’une pièce à l’autre. Et pourtant, il arrivent toujours à surprendre leur public (ou me surprendre, en tout cas!) avec une originalité fascinante. C’est du moins le cas pour plusieurs trios comme GoGo Penguin. Mais Moon Hooch va complètement ailleurs, délaissant même la classique forme piano-basse-batterie : le trio a un batteur et deux saxophonistes qui s’amusent aussi sur des claviers, créant une dynamique complètement différente.

Ne connaissant pas du tout le groupe américain jusqu’à quelques jours avant le spectacle, j’ai apprivoisé le dernier album du groupe, Red Sky (2016), qui frappe par son mélange réussi de jazz-rock aux mélodies rythmées et convaincantes et de dance-rock où les sax se font plus discrets au profit des synthés. Mais rien n’aurait pu préparer le public à ce qu’il a entendu au Club Soda : les gars ont commencé en nous donnant l’impression que l’on était dans un club et ont enchaîné différentes ambiances sans arrêt, passant au jazz plus ou moins free, au rock, au dubstep par moments (on a eu quelques passes de blast beats), etc. Et quand je dis sans arrêt, c’est que jamais Moon Hooch n’a laissé la chance au public d’applaudir une fin de pièce parce qu’on n’a jamais su quand une terminait et l’autre commençait, ce qui a causé bien des confusions dans la salle.

Sur papier, l’idée de jouer une heure non-stop est peut-être bonne, mais en pratique, c’était étourdissant à suivre et ça n’a certainement pas été une partie de plaisir pour les musiciens. D’ailleurs, le batteur James Muschler semble être celui qui a trouvé son set le plus laborieux, éprouvant à quelques reprises des difficultés à garder le rythme. Au contraire, les saxophonistes, et tout particulièrement Michael Wilbur qu’on a aussi entendu au « chant » à trois reprises (les guillemets sont nécessaires parce que la première fois qu’on l’a entendu, on le perdait complètement dans le mix, et les deux autres, il avait mis tellement d’effets qu’on ne l’entendait pas plus clairement!), avaient de l’énergie à revendre et ont montré à peu près tout ce qu’on faire avec un sax et un peu de talent, avec des mises en scène simples mais bien maîtrisées.

Moon Hooch / Photo : Valérie Gay Bessette

Au terme de ce concentré de musique, plusieurs ne devaient pas savoir quoi en penser, surtout qu’en studio, le trio laissait davantage d’espace pour les nuances. Bref, une première partie divertissante et impressionnante, mais qui aurait dû laisser la chance au public de digérer sa musique pour donner envie aux curieux d’en entendre davantage.

GoGo Penguin

Le trio britannique a lancé cet hiver son quatrième album studio, A Humdrum Star, album solide qui n’est pas sans rappeler la tradition popularisée par E.S.T. au début des années 2000. Les attentes étaient donc bien présentes et les musiciens y ont répondu avec une précision désarmante : en fermant les yeux, on avait l’impression de réécouter l’album en très, très haute définition.

La comparaison entre Moon Hooch et GoGo Penguin était d’autant plus évidente alors que la tête d’affiche jouait allègrement avec les nuances, et a livré le meilleur de son répertoire devant un public conquis d’avance. Le batteur Rob Turner était aussi en grande forme, livrant un jeu précis et irréprochable pendant toute la performance. Quant au contrebassiste Nick Blacka, c’est lui qui s’est adressé à la foule à plusieurs reprises, le faisant même initialement en français. Si bien que quelqu’un lui a crié « You can speak in English too! », le convainquant de retourner à sa langue maternelle pour l’essentiel du reste de la performance. Dommage, on apprécie toujours quand les artistes prennent la peine de travailler leur français quand ils viennent au Québec!

GoGo Penguin / Photo : Frédérique Ménard-Aubin

Cette performance réglée au quart de tour s’est passée aussi beaucoup trop vite à notre goût : comme on présentait GoGo Penguin comme une tête d’affiche et non la moitié d’un plateau double, on espérait avoir droit à une très longue performance, mais elle s’est terminée après seulement 80 minutes, incluant le rappel fortement réclamé par le public qui en voulait plus. Disons qu’on avait encore faim après ça et qu’on va devoir se contenter de réécouter en boucle la musique du trio jusqu’à notre prochaine chance de le voir en live!

Le Festival international de jazz de Montréal, du 28 juin au 7 juillet 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

– Olivier Dénommée

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