La foule pendant la performance de Boulevards / Photo : Benoit Rousseau

Le Festival international de jazz de Montréal (FIJM), qui prend d’assaut les rues montréalaises  depuis 1980, accueille quelque 2 millions de visiteurs chaque année qui y consomment 60 000 litres de bières et 2500 kilos de frites. Aucune statistique sur la consommation de vin, je suis un peu déçue. Quoi qu’il en soit, ce festival sait rallier tous types de mélomanes, que l’on apprécie la musique jazz ou moins. Vrai pilier économique qui a à cœur la découverte et la pérennité musicale à travers la métropole, mais également mondialement. Bref je suis vendue d’avance à cet événement, que l’on considère comme un acquis patrimonial.

Je le sillonnerai à quelques reprises durant les dix jours qui le constituent et en ferai le compte rendu. Commençons par la première fin de semaine :

Declan O’Donovan

C’était le vendredi 29 juin, lendemain d’ouverture officielle du festival. Ne soyez pas surpris, je m’apprête à annoncer une nouvelle choquante et totalement inusitée, mais la ville traverse une onde caniculaire. Toujours garder le référant météorologique, c’est primordial.

C’est pour cette raison qu’on s’était avancées, la gérante du groupe et moi, à l’avant du Pub Heineken, pour s’étaler au sol devant un immense ventilateur. Alors que les gens à l’arrière s’empilaient les uns sur les autres et que la vibration résonnant au sol faisait remonter des notes de bluegrass le long de mon échine, il régnait dans la salle une ambiance de vieux cabaret jazz emboucané où l’air stagnant rendait vaporeuse chacune des notes.

Declan O’Donovan / Photo : Catherine Leclerc

J’ai été immédiatement charmée par ce projet mené par Declan O’Donovan et constitué de Tom Juhas (guitare), Lyle Molzan (batterie) et Andrew Boulos (basse). Le quatuor marie les notes de bluegrass, folk, jazz, blues, country avec des touches pop, dans une aisance et une sensibilité désarmante, comme sur la magnifique pièce Down to the Bottom.

En milieu de set, O’Donovan a délaissé son piano droit pour rejoindre ses comparses à guitare et ainsi offrir la poignante Things That You Lose. Alors qu’on se laisse transporter à travers une imaginaire soirée d’été au cœur d’un jardin éclairé à la lueur des chandelles, collants de sueur au goût fruité salin de bord de mer,  Juhas assumait sa désinvolture au niveau du bassin.

Chaque musicien habité par une nature singulière forme un tout d’une unicité concordante ficelé de respect.

J’ai légèrement craqué lorsque de sa voix terreuse et parcimonieusement nasillarde il a interprété Death of a Salesman. On a également eu droit à une magnifique reprise de la chanson Everybody Knows de Leonard Cohen pour clore le spectacle.

Énorme coup de cœur pour ce projet fignolé jusque dans les pointes. A découvrir sans modération.

Boulevards

Puis, plus tard, sur la grosse Scène TD, Boulevards performait devant un public magnétisé et c’est avec Set the Tone, un titre d’amorce tout désigné, qu’il a lancé son groove festif.

Grognements gutturaux, lunettes fumées rondes, gros attirail doré sur chemise zébrée déboutonnée, skinny jeans, Jamil Rashad a.k.a. Boulevards représentait parfaitement ces figures emblématiques funk à la Prince et Rick James.

Boulevards / Photo : Benoit Rousseau

À torse dénudé et complètement trempé, il a interprété tour à tour The Spot, Forgot to Mention et Honesty, ce dernier titre issu de son premier EP. Malgré une magnifique présence scénique soutenue, il était difficile de déceler les modulations qui différencient chacune des pièces constituant sa musicographie. L’immensité de l’environnement pesait assurément dans la balance, ce qui rendait le tout quelque peu linéaire.

Cela dit, Rashad a réussi à établir un contact réel avec la foule, qui s’est déchaînée sur Got to Go et Move and Shout, aux sonorités franchement accrocheuses.

Papagroove

Cette journée s’est conclue à la féérique scène Casino, pour le spectacle de Papagroove.

À la base, ce cocon scénique magnifiquement décoré est à découvrir si ce n’est déjà fait. L’ambiance qui y règne est totalement réjouissante et enveloppante.

La fusion afro-funky que propose le groupe de dix musiciens, dirigé par le parolier Sébastien Francisque, s’arrimait parfaitement à l’air ambiant qui a rapidement tourné en party. La foule était séparée en trois groupes distincts : les curieux-contents à l’arrière, les rétention d’eau aux jambes enflées et au souffle court assis au milieu et les on-défonce-la-soirée en avant. Mouvement d’euphorie et de jovialité, pleine lune obligeant, c’était électrique et l’arrivée d’un Francisque masqué a bien mis la table pour le reste de la performance.

Papagroove (photo prise lors de sa performance la veille) / Photo : Benoit Rousseau

« Bienvenue dans la savane et dans la canicule de Papagroove », qu’il s’écriait, maintenant à visage découvert, avant d’entonner Ignorance et de poursuivre avec Big Knowledge.

Groupe bien connu des québécois, Papagroove est le mac n’ cheese réconfortant de la musique métissée d’ici. La recette, on la connaît, mais elle est toujours douce pour l’âme. Belle acquisition de la percussionniste Mélissa Lavergne, qui fait maintenant partie intégrante du collectif.

Le party était pogné comme il faut, lorsque j’ai quitté les lieux.

***

Bharath and his Rhythm Four

Bharath and his Rhythm Four

Le lendemain 30 juin, j’avais fait ma sélection de manière plutôt aléatoire selon le nom des groupes : j’y allais pour la découverte.

Au pub Heineken, un blues nostalgique ondoyait sur les murs alors que Bharath and his Rhythm Four berçait le public de son old school assumé. Des gens avachis de tout leur long sur les sofas en bordure de scène écoutaient respectueusement.

La voix profonde et caverneuse de Bharath Rajakumar envahissait l’espace alors qu’il faisait pleurer son harmonica sous un tableau noir où il y était inscrit le nom de grands jazzmen et jazzwomen, Duke Ellington, Ray Charles, Ella Fitzgerald…

Roxanne Potvin à la guitare s’est emparée du micro, le temps d’interpréter deux chansons, dont la sublime reprise de Can’t Stand to See You Go de Jimmy Reed. Puis, ç’a été le tour du guitariste Colin Perry de percer les couches brûlantes aériennes suspendues au temps.

Moment fort, lorsque Rajakumar, de retour au micro, s’amusait avec deux harmonicas tantôt titillant les aigus pour interchanger avec des singularités graves.

Un blues aux pointes de modernité qui invite au souvenir de speakeasy à l’histoire fascinante.

Spanish Harlem Orchestra

En me dirigeant vers le prochain spectacle, j’ai capté quelques notes du groupe ECHLO qui ont suffit à attirer mon attention. Je promets d’aller en découvrir plus sur le band, puisqu’après trois minutes, j’étais conquise. Pour l’instant, j’allais vibrer avec le Spanish Harlem Orchestra.

Une énorme section de brass habitait la scène où tous les musiciens étaient vêtus d’un chemisier blanc classique.

Il n’a suffit que d’un « Buenas noches Montréal » pour réchauffer la foule. Déjà tout le monde y allait de son pas de danse. On salue l’homme beaucoup trop swag avec sa chemise aussi fleurie que mon jardin et ses pantalons à snaps qui se mouvait au gré de la jovialité des musiciens, avec sa compagne. Un moment magnifiquement festif et agréablement surprenant.

Spanish Harlem Orchestra / Photo : Frédérique Ménard-Aubin

À date, mon Festival de jazz est d’une gaieté palpable. Bravo.

Le Festival international de jazz de Montréal, du 28 juin au 7 juillet 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

– Audrée Loiselle

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