Photo : Mads Maurstad

Pendant qu’on vit ici une canicule historique, un artiste jouant mercredi à L’Astral devait se sentir un peu comme à la maison, dans son Niger natal : le bluesman touareg Omara Moctar, alias Bombino, avait de nouvelles chansons à présenter à ses fans montréalais et a réussi au passage à faire encore augmenter la température da salle climatisée avec son énergie contagieuse.

Sur scène, il y avait deux Bombino : entre les chansons, un homme humble, discret et timide. Mais pendant qu’il joue, tassez-vous, parce qu’il n’est pas arrêtable! Accompagné de ses trois musiciens, il livre un desert blues généralement assez classique dans la forme, mais tellement contagieux qu’on se surprend à suivre le rythme plus souvent qu’autrement. Chapeau au batteur qui a semblé jouer des chansons de plus en plus rapides sans broncher. Il faut dire que ce genre musical sans une batterie solide tomberait complètement à plat.

Mais autant ça rentrait au poste pendant les chansons, autant il y avait des temps morts entre celles-ci, causés par le temps que prenaient systématiquement les musiciens pour réaccorder leur instrument. Et comme Bombino est timide lorsqu’il ne gratte pas sa guitare, il a laissé le soin à son bassiste francophone de faire l’animation entre les pièces présentées. Ce n’est que quelques chansons plus tard qu’on a appris qu’il parlait lui-même très bien français, quand il a répondu à son musicien. Dommage, il s’est assez peu adressé directement au public qui semblait en pleine forme mercredi, mais il lui a fait savoir à plusieurs reprises à quel point l’accueil chaleureux des Montréalais lui allait droit au cœur.

Les membres de l’assistance ont même répondu à l’invitation de chanter une mélodie avec le groupe, signe de la grande motivation du public de L’Astral ce soir-là! Bombino a même semblé surpris de cette réponse aussi positive. D’autres, à l’avant de la scène, ont dansé une bonne partie de la soirée, se laissant volontiers porter par la musique.

Il y a même eu quelques blagues à saveur politique, lorsqu’il a été mentionné que Bombino était diplomate et un grand amateur des compromis. « Il ferait un bon politicien! », a lancé son bassiste. « Un politicien de la guitare? », a répliqué Omara Moctar. Les fans n’ont pas tardé à le sacrer « président de la guitare ». Si les élections étaient si simples, le monde irait peut-être mieux!

Un autre moment fort du spectacle a été le message lancé par le bassiste, insistant qu’ils essaient de montrer une face méconnue de l’Afrique à travers leur spectacle : plutôt que de montrer la guerre et la famine, pourquoi ne pas montrer la joie et l’amour qui font que ce continent reste encore si fier aujourd’hui? Il est vrai que lorsque Bombino et ses comparses jouent leur musique, on se sent à des années-lumière des publicités de Vision mondiale, et c’est bien parfait comme ça.

Après un peu plus de 1h30 de musique, les musiciens ont quitté la scène, mais pas pour longtemps parce que les fans en redemandaient. Ils ont été servis avec un long rappel où chaque musicien a eu son moment de gloire pour conclure le tout en force. On ne pouvait pas demander une meilleure finale que celle-ci, bravo! D’ici sa prochaine visite, il faudra se rabattre sur ses différents albums dont Deran, encore frais d’un mois et demi. Espérons que Bombino aura gagné en assurance d’ici là pour qu’il prenne enfin toute la place qui lui revient!

Le Festival international de jazz de Montréal, du 28 juin au 7 juillet 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

– Olivier Dénommée

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