Crédit photo : Fréderique Ménard-Aubin

« Pis le show de James Vincent?
– Y’était tout seul.
– Hein? Au Métropolis?
– Ouin
– Mais c’était-tu bon?
– Y’était tout seul au Métropolis.

Pour faire simple, griller les étapes, résumer la soirée en dialogue et conclure en six mots, c’est à peu cela qui est cela. Plongeons toutefois plus avant dans l’analyse d’une soirée qui, vous devriez l’avoir compris, ne m’a pas comblé la fringale, tant s’en faut.

Un Métropolis à moitié plein accueillait donc jeudi dernier le ténorino dublinois et sa voix de fausset singulière. Accompagné de seuls deux guitares et un clavier, l’artiste avait opté pour l’occasion, sans que l’information soit relayée sur le site du festival, de transformer le Métropolis en alcôve et d’offrir sans l’aide de quiconque des versions dénudées des morceaux de son répertoire. Pari risqué, nul besoin de le répéter.

James entame son tour de piste avec trois morceaux d’Early In The Morning, premier de ses deux albums. Hear the Noise That Moves So Soft and Low, We Don’t Eat, et Sparrow and the Wolf, folk de nature, ne souffrent pas de l’absence du banjo, du pedal-steel ou de la batterie. Elles servent plutôt à mettre en confiance un artiste visiblement nerveux pour qui le festival en impose. « J’ai l’impression de devoir jouer des accords diminués », dit-il. Qu’à cela ne tienne, son public, captif et réceptif, n’a que faire des l’improvisions et des structures complexes. Trois accords et une seule émotion devraient suffire. Jusque-là tout va bien.

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C’est néanmoins au moment d’attaquer Red Dust, très joli morceau du récent Post Tropical, que le charme du dépouillement et du recueillement est rompu. Quelques accords plaqués sur le clavier ne peuvent malheureusement pas se substituer à un vieux drum machine et ses claquements de mains préhistoriques, ni reproduire l’effet d’harmonies vocales discrètes ou d’une toile de synthétiseur. On devra s’y résoudre. Ce qui nous avait séduits chez Post Tropical, l’effet de ces élégants arrangements R&B épicés à l’électro, s’est donné congé pour la soirée.

Première déception.

Suivi rapidement d’une autre. Aussi belle sa voix peut-elle être et aussi convaincantes et engagées ses interprétations sont-elles, McMorrow n’a ni le l’amplitude vocale, ni la dextérité sur l’instrument, ni la faculté de raconteur nécessaire pour monter seul sur une scène conçue pour les concerts à grand déploiement. On remarque plutôt son inclination trop forte pour les lentes montées en crescendo et les aboutissements en climax. La formule qui impressionne d’entrée de jeu tanne passé l’heure de concert.

Dommage pour lui et pour une partie du public qui aurait sous doute aimé connaître la nature du concert avant de passer à la caisse.

Nicolas Roy