Crédit photo : Eugene Holtz

Il y a eu le mouvement #moiaussi. Les déconfitures publiques de semi-dieux du monde du divertissement. Des voix qui se sont levées, des pervers qui ont été dénoncés. Pourtant, raconter un viol n’est pas pour autant devenu plus facile. Dans Fiel, l’auteure et metteure en scène Marilyn Perreault de Théâtre I.N.K. aborde la question avec une incroyable délicatesse. Retour.

C’est une histoire plutôt banale. Une bande d’adolescents qui se préparent à assister à leur bal de finissants. Des invitations manquées, des promesses non-tenues, des couples mal assortis qui s’accompagnent « parce qu’ils sont les plus beaux de l’école », ou parce que pourquoi pas. Un groupe de jeunes tout ce qu’il y a de plus normal. Mais c’est sans compter elle, L. Cette jeune fille comme toutes les jeunes filles, mais avec un « je ne sais quoi ». Celle qui attisera le désir des uns, l’envie des autres. Celle qui verra sa vie changer du tout au tout dans ce fameux champ  se déroulera l’après-bal. Celle qui sera victime d’un viol collectif un de ces soirs qu’on assume d’emblée être les plus beaux de la vie.

Entre théâtre, danse et performance, les personnages évoluent et réagissent l’un à l’autre. La comparaison aux éléments chimiques prend ici tout son sens. Si X fait ceci, comment L réagira? Et H lui, pourra-t-il résister à L? Surtout, arrivera-t-il à lui pardonner d’être plus intelligente que lui? B réussira-t-elle à punir L d’être aussi belle? À travers de multiples tableaux qui vont et viennent entre l’avant et l’après de « L’événement », on comprend de plus en plus ce qui a bien pu mener à cette abomination. Le pourquoi de cette attaque si gratuite. Et ce, sans tomber dans le piège du sensationnalisme.

Au contraire, les créateurs arrivent à raconter le tout avec une douceur admirable. La scène de l’agression, en particulier, prend des airs de danse calculée au quart de tour. Les violeurs, agglutinés autour d’une poignée de foin cachant les souliers de L – qui symbolise la jeune femme -, se meuvent en chœur. Celle-ci ne viendra se coucher sur le sol qu’après le drame, qu’après la souffrance, représentée sur un écran derrière la scène. Une image qui coupe le souffle par sa beauté, mais aussi sa tristesse.

La grande force de Fiel? Évoquer les bonnes questions sans tomber dans la confrontation. Qu’est-ce qui pousse un groupe à s’en prendre à un individu sans défense? Est-ce que nos valeurs en prennent un coup devant l’influence des autres? Quelles sont les conséquences de l’abus à long terme? Et le silence, lui? Peut-on vivre avec lui toute sa vie? La vengeance est-elle inévitable? 

Malgré quelques longueurs, Fiel marque d’excellents points : le texte est sensible, la mise en scène est intelligente, les comédiens sont en contrôle, les éclairages sont efficaces… Bref, je vous laisse vous tirer vous-même vos conclusions. Ne vous cachez pas dans un hébergement sécurisé. Allez voir ça!

Mélissa Pelletier

Fiel au Théâtre Aux Écuries, du 9 au 27 octobre 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

Texte et mise en scène Marilyn Perreault
Assistance à la mise en scène et régie Amélie-Claude Riopel
Avec Harou Davtyan, Marie Fannie Guay, Nora Guerch, Xavier Malo, Marc-André Poliquin et Lesly Velázquez
Décor Patrice Charbonneau-Brunelle
Conception vidéo HUB Studio / Antonin Gougeon Moisan
Éclairages Stéphane Ménigot
Costumes Marjolaine Provençal
Musique Laurier Rajotte
Direction de production Maude St-Pierre
Direction technique Mélanie Whissel
Production Théâtre I.N.K.

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