On aura vu notre lot de spectacles, de jolis moments, de couchers de soleil in-cro-ya-bles, des pépins d’organisation, de phoques (no joke)… On vous le donne en mille : on était au Festival en chanson de Petite-Vallée du 29 juin au 3 juillet. Comment ça se passe un festival en région? Avec beaucoup de bonne volonté et de défis à relever, chaque jour. Selon Alan Côté, directeur général et artistique, le gros du travail réside dans l’idée « de se démarquer, sans se dénaturer ». Une chose est certaine : le festival trouve sa pertinence en dynamisant énormément la région. Qu’est-ce qui a attiré notre œil pendant le séjour? Tour d’horizon.

Les hôtesses d’Hilaire : ambiance folle

Notre foi du bon Dieu. On peut sincèrement dire que c’est un des shows les plus éclatés-fous-malades-dans-la-tête qu’on a vu depuis un bon moment. Les membres du groupe acadien sont tous de vraies machines sur scène, mais c’est vraiment le chanteur Serge Brideau – jolie robe incluse – qui marque vraiment le tout. À grands coups de blagues déplacées juste ce qu’il faut et d’interactions hilarantes avec le public qui ne demandait clairement pas mieux, Les hôtesses d’Hilaire sont arrivés à créer une ambiance assez folle merci.

Le band qui traîne les controverses dans son sillage a gâté le festival avec les pièces de ses deux EPs, Hilaire à boire et Party de ruisseau, et de son album Touche-moi pas là, partant définitivement le party avec l’entraînante Fais faillite. Le sundae était déjà bien garni quand deux spectateurs pleins d’amour sont venus y déposer la cerise. Pour « battre Dumas avec la demande en mariage sur scène », Brideau a lancé l’idée de fiançailles entre deux hommes. « Ce serait encore mieux! » Défi lancé, pari relevé. Un homme a demandé sa flamme « en enculage » avant de frencher copieusement le chanteur. Ça ne s’invente pas.

Les sœurs Boulay : fières Gaspésiennes

C’est une foule très enthousiaste qui attendait de pied ferme les sœurs Boulay, artistes complices de cette 35e édition au Grand Chapiteau Québecor. Les Gaspésiennes, qui ont offert un superbe moment à la Petite École de la chanson en chantant avec plus de 425 enfants jeudi soir, étaient en formule plus réduite samedi soir. Et c’était bien parfait. Charmantes, les sœurs ont offert leurs pièces pop-folk à un public très hétéroclite. Si plusieurs chantaient – parfois même assez fort merci – avec les filles, plusieurs découvraient visiblement leur répertoire. La chanson Mappemonde, par exemple, a récolté son lot de rires surpris et d’exclamations ravies.

Même si elles n’étaient pas accompagnées par une horde de petits visages ébahis de se trouver sur une scène, Mélanie et Stéphanie se sont organisées un petit party de filles. C’est Marie-Pierre Arthur, elle aussi originaire de Gaspésie, qui a brisé la glace, avant de laisser la place à la douce Amylie et l’éclatée Klô Pelgag, qui s’est autoproclamée « Nicolas Boulay, le petit frère des sœurs Boulay »! Moment acoustique sympathique, qui venait rythmer un spectacle revisité. Les sœurs ne se sont pas gênées pour revoir leur répertoire, entre moments rétros et plus festifs. Des choix parfois heureux, parfois un peu trop poussés pour que ça apporte l’effet voulu. On pense notamment aux choristes, qui y sont allés de « Ou-bi-doo-ap » et alouette. Un brin trop.

Klô Pelgag : petite folie

Klô Pelgag, c’est un peu comme les olives et la coriandre : soit que les gens adorent, soit qu’ils détestent. Comme on se situe dans la première catégorie, on est arrivées à son spectacle au Théâtre de la Vieille Forge avec un préjugé favorable. Et on n’a pas été déçues.

Fidèle à son habitude, Klô, de son petit nom, a multiplié les jeux vocaux impressionnants, les anecdotes cocasses entre deux chansons, les remerciements absurdes (« merci pour les mains! ») et les moments de folie (entre autres, elle a « baptisé » ses musiciens avec un laser à la Star Wars au début du concert et elle a accroché sur son chandail une immense pointe de pizza en mousse vers la fin).

Rien ne peut être parfait toutefois, y compris un spectacle de Klô Pelgag. Sa voix, habituellement magnifique, semblait moins en forme ce jour-là. Pour sa défense, elle avait une vilaine grippe qui lui a valu de « mettre un suppositoire pour la première fois », de son propre aveu. Mais comme la musicienne l’a si bien dit à notre colocataire du festival, le blogueur Mathieu Aubre (Feu à volonté), « une grippe, c’est quand même moins tragique que de perdre un être cher ». Et ça ne l’a pas empêchée de livrer un concert mémorable quand même.

Gentille Amylie

La musique d’Amylie, c’est gentil. Ni plus, ni moins. Si on voit le verre à moitié plein, on peut dire que ses mélodies sont simples, mais si on le voit à moitié vide, on les qualifierait plutôt de simplistes.

S’il n’y a pas eu de grande révolution dans son style musical lors de son spectacle au Théâtre de la Vieille Forge, on peut dire que ça groovait assez pour que le public tape des pieds et des mains, tout content, en particulier durant sa mignonne chanson Les filles. Une mention spéciale également pour le son rafraîchissant de Jusqu’au matin.

Ses pièces plus « up la vie » (son expression) étaient entrecoupées de morceaux plus mélancoliques, rappelant musicalement Feist. C’est d’ailleurs sans surprise que l’auteure-compositrice a dit être très inspirée par cette chanteuse, avant d’interpréter à merveille The Park. Comme c’était notre moment préféré du spectacle – ça, et quand notre chouchou Marie-Pierre Arthur est allée la rejoindre pour le rappel (Système solaire) –, on peut malheureusement en conclure que le projet musical d’Amylie manque de substance et de saveur… pour l’instant. On a espoir qu’elle trouvera un son plus personnel un jour.

L’effet Catherine Major

Après le spectacle de Catherine Major, qui nous a complètement assommées au point d’annuler l’effet de la caféine qu’on venait tout juste d’ingérer, on n’a pu s’empêcher de lancer quelques jeux d’esprit qu’on va vous faire le plaisir de taire. Blague à part, on peut admettre d’emblée que le style « adulte contemporain » si cher à Espace Musique n’est pas notre trip, ce qui brouille peut-être notre jugement par rapport à la performance de la musicienne. Pour sa défense aussi, elle faisait 40 degrés de fièvre à cause d’une « grippe intestinale » (on cite!) et elle se produisait avec trois musiciens alors qu’elle en a habituellement huit.

Assez de gants blancs maintenant. Comme on ne peut pas tout aimer, on doit dire que le spectacle de Catherine Major est tombé dans la catégorie « les contournables » du festival. Or, on était déjà assises dans la salle quand on a réalisé que sa voix était aussi monotone que les mélodies de ses pièces. Question d’être polies, on est restées quand même, entre l’ennui et l’agacement, peu impressionnées par certaines paroles de ses chansons. Des rimes en « ouche », c’est louche : « En guise de baiser farouche / Comme un baume sur son cœur louche ».

On aurait aimé aimer ses interventions avec le public, pour se désennuyer entre deux chansons, mais non. Heureusement pour elle, plusieurs personnes du public ont apprécié son concert beaucoup plus que nous. La preuve : pendant qu’on s’éclipsait, la foule demandait un rappel. Comme quoi tous les goûts sont dans la nature.

En tout et pour tout, on a dormi moins de douze heures en cinq jours, fait le double en transport, rencontré des tonnes de personnes intéressantes, vu plus de shows qu’il n’en fait pour être heureuses… Bref, on a été à au Festival en chanson de Petite-Vallée.

Edith Paré-Roy et Mélissa Pelletier

Festival en chanson de Petite-Vallée, du 29 juin au 8 juillet. Pour toutes les informations, c’est ici.

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