Premier long-métrage documentaire d’Annie St-Pierre, Fermièresfait le portrait d’une communauté plutôt méconnue, dont l’histoire traverse pourtant celle du Québec depuis maintenant cent ans. Fondé en 1915, le Cercle des Fermières du Québec est un lieu de réunion, d’échange, d’éducation populaire. En mettant le savoir faire des femmes à l’avant dans un contexte chaleureux et amical, le cercle devient un lieu de vie dont l’importance est loin d’être négligeable. Se déployant partout au Québec, le cercle organise des bazars, des soupers spaghettis, des concours de couture et de cuisine auxquels les membres assistent toujours en grand nombre.

Le film débute par faire un court retour historique qui nous permet de comprendre sommairement les origines de cette communauté. On visite conjointement des moments forts de l’histoire du Québec, tout en parcourant la manière dont le Cercle des Fermières s’est développé. On rejoint le présent assez vite, où l’on retrouve les quatre personnages principaux autours duquel le film s’articulera. Quatre femmes d’âge mur, au savoir-faire dont elles semblent être les dernières représentantes. Sans se rabattre sur le passé, Fermières se conjugue au présent et amalgame les récits de ses quatre personnages pour nous permettre d’avoir une belle vue d’ensemble sur la communauté.

En adoptant un regard tendre et lucide, Annie St-Pierre parvient à construire un récit tout à fait captivant. En restant dans le quotidien de ses personnages, la cinéaste réussit habilement à poser assez fermement sa préoccupation vis-à-vis la question de la transmission. Pourtant, les propos qu’elle construit ne sont pas ceux que l’on est habitués à entendre; certes, il y a toujours le risque d’une perte du savoir-faire artisanal, des traditions, mais très vite, on voit que le Cercle des Fermières est caractérisé par une force tout à fait inédite. Malgré leur âge, ces femmes sont énergiques, drôles et surtout, fières d’appartenir à cette communauté.

Si un premier film est une promesse, Fermières laisse déjà entrevoir une cinéaste de la proximité, dont la force se trouve dans son habileté à laisser place à ses personnages et au milieu qu’elle souhaite nous présenter.

– Alvaro Salvagno

À l’affiche dès le 18 avril