Deux jeunes chorégraphes à l’écriture florissante ont présenté hier soir dans une salle comble le fruit de leur travail. L’une a visé juste, l’autre nous a laissés perplexes.

Fente-toi correspond exactement à ce que nous promet Isabelle Boulanger dans son entretien avec la codirectrice de Tangente, Dena Davida : elle ne fait pas dans le trop sérieux, ni dans l’intellectuel, elle veut tout simplement « faire de la danse pour plaire au public ». « Plaire » au public… Fente-toi y arrive haut la main. La pièce s’ouvre sur sept interprètes positionnés sur une ligne de départ fictive. Ils sont prêts. Mais prêts à quoi? À rien d’autre que de se lancer corps et âme dans le jeu! Les danseurs nous transportent efficacement dans un univers de camaraderies où chacun exprime sa personnalité distincte au travers d’une gestuelle explicitement inspirée du hand-ball. L’utilisation qui est faite de l’espace n’est pas révolutionnaire, mais elle est bien exploitée, et le dynamisme des interprètes vient consolider un phraser chorégraphique prometteur, mais qui n’a pas encore atteint son apogée (ce qui n’est pas mal, le meilleur reste certainement à venir).

Le seul bémol, même s’il n’en est pas réellement un, est l’esthétique dans laquelle sont coffrés les danseurs. Ces derniers sont presque trop beaux! Ils sont le résultat du très prisé mélange de vintage et de contemporain. Bref, ils ont l’air de sortir tout droit de Moonrise Kingdom, avec quelques accessoires anachroniques en plus. Enfin, tout de Fente-toi est au goût du jour. Il ne reste plus qu’à espérer que les prochaines compositions d’Isabelle Bélanger ne soient pas qu’un effet de mode, ou pire, que cette dernière ne s’en tienne pas qu’à vouloir « plaire au public », au détriment du développement de son écriture chorégraphique.

La seconde pièce présentée est complètement à l’opposé de la première. Elle est fondée sur l’entreprise de Sarah-Ève Grant et de deux autres artistes, Florence Blain (hautboïste) et Jean-François Blouin (compositeur musical) qui ont communément créé, chacune de leur discipline étant sur le même pied d’égalité, une performance qui se veut comme une réflexion sur l’individualisme cloisonnant. Bien que le projet semble rigoureusement ficelé, le résultat ne parvient pas à véhiculer cette idée. La pièce comporte plusieurs faiblesses, dont la principale est l’interprétation décousue de Sarah-Ève Grant. On ne réussit pas à croire à son malaise existentiel et la recherche de sa gestuelle, bien qu’il s’agisse ici d’une performance, semble avoir été bâclée. C’est plutôt Florence Blain qui vole la vedette, côté interprétation, en nous charmant progressivement avec son hautbois. L’éclairage ainsi que la composition musicale engendrent une douce atmosphère sibylline et constituent les éléments les plus intéressants de la performance.

Alors qu’on aurait pu reprocher, sans trop grande conviction, à Fente-toi de vouloir trop séduire le public, il nous est franchement possible de reprocher l’inverse à Dans le cercle. Le spectateur peut en ressortir avec l’impression que ses attentes ont été laissées en plan, au profit d’une exploration artistique personnelle n’ayant, au bout du compte, qu’enchanté les artistes eux-mêmes.

– Florence Grenier-Chénier

8, 9, 10 NOVEMBRE à 19H30 – 11 NOVEMBRE à 16H
STUDIO HYDRO-QUÉBEC DU MONUMENT-NATIONAL