Une boîte avec une tête de lapin empaillée est peinte sur un présentoir ainsi que son corps nu étendu en croix. Elle accueille les spectateurs les plus attentifs. À l’intérieur, une entité fait bouger ses yeux sombres, nous scrute comme si nous étions les étrangers de la place. Elle nous observe. Elle observe les secrets, les rires, le photographe qui ajuste ses prises de vue. Elle observe le public présent à la Sala Rossa, vendredi le 24 octobre, pour l’exubérance et l’extravagance du cabaret Fantasmagories #2 dans le cadre du Festival Phénomena qui prenait fin le même jour. Un festival, rappelons-le, qui a permis d’offrir un espace auparavant inexistant pour les propositions hors-normes et pour le difficilement explicable. La soirée se déroule au rythme de Steeve et Nat, deux animateurs hurluberlus, qui nous présentent les numéros avec leur robe en voile, avec des costumes de méduse robotique, avec des maisons sur leur tête et avec des chansons de toutes sortes.

On commence par la « Friperie Gaëtan et Lucille » où Gaëtan est à la fois Lucille et lui-même et où l’extravagance est le préliminaire à sa folie. Rouge à lèvres et perruque sont à l’œuvre. Pendant qu’une dame joue au piano et qu’une autre fait des bulles, Lucille chante en se frottant avec un plumeau : « Depuis tous les temps, Gaëtan, je t’attends ». À d’autres moments, elle parle à son érection : « Ça va aller ! ». Ensuite, Christine Bellerose accompagnée du harpiste Matt Wiviott fait une danse à la steamp punk orientale. Avec son collier de lumières, elle bouge entre les voiles d’une ombrelle, entre la pluie générée par les bouteilles d’aérosol. Le tout dans une robe qui découvre ses fesses et tranquillement son corps. Une version noire d’un rendez-vous nous est aussi présentée à travers des grimaces inimaginables, une marionnette fabriquée avec un bas et plumée à l’intérieur du même laps de temps sur la chanson « Alouette » : « Kill me, but sing to me when you do it ». Un numéro de souplesse avec une baguette de pain et une marche en équilibre sur des bouteilles de vin.

La seconde partie nous invite à entrer dans l’univers de Jackie et de son taciturne pianiste avec des performances qui s’adaptent aux sons de la musique. Il y avait également un streap-tease de notre animateur attitré qui se devait d’être mentionné, notamment pour ses faux seins qui virevoltaient sous les pas de danse. En ce qui a trait à la finale, elle était un pur délice pour les yeux : un clown atypique avec une série de boucles sur le costume qu’il dresse et redresse, de manière à disparaître complètement sous ses rayures et ses pois.

Si vous n’avez pas assisté à au moins une représentation du Festival Phénomena qui se tenait du 17 au 24 octobre, c’est une bien triste histoire. Heureusement pour votre karma, vous aurez la chance de vous racheter l’année prochaine avec ces spectacles marginaux et surprenants à souhait.

Vanessa Courville