Yoshihiro Nishimura entra dans la célébrité et le culte grâce à Tokyo Gore Police, avec ses torrents de sang, cascades ridicules et ses mutants qui transforment leurs moignons en armes létales. C’en est pratiquement devenu un standard à atteindre pour les orgies grotesco-gore à la japonaise. Nishimura a depuis récidivé, notamment avec son film de zombies Helldriver. Mais, à l’annonce qu’il revenait cette année à Fantasia avec une épopée historique d’arts martiaux, plusieurs se sont demandé s’il ne s’était pas assagi avec le temps. Après le visionnement du film en question, le verdict est clair : bien au contraire. Le premier plan montre le dessin traditionnel d’une fleur qui perd tranquillement ses pétales. Le deuxième cadre un ninja dont la plaie ouverte arrose d’un gros jet de sang ses assassins. Dès le début, la table est mise.

Torakage, un ninja à la retraite, a fondé une famille dans l’espoir de vivre tranquillement ses vieux jours. Malheureusement pour lui, Gensai, une maîtresse tyrannique d’un clan de ninjas, souhaite le forcer à reprendre le travail pour retrouver un trésor légendaire. Le narrateur de cette histoire est un seigneur portugais du dix-septième siècle du nom de Francisco. Il va interrompre le film à plusieurs reprises à l’aide du spectacle d’ombres chinoises pour expliquer les différentes techniques employées, remettre en contexte l’histoire, et bien sûr y aller de ses propres commentaires vis-à-vis du protagoniste. Comme si tout cela n’était pas assez cabotin, le portugais en question est joué par un acteur japonais déguisé en européen.

On ne peut pas vraiment réduire Ninja War of Torakage à une parodie de films d’époque ni à un hommage aux films de ninjas de série B. C’est une gigantesque farce dont les scènes d’action se trouvent être des blagues élaborées de cinq minutes. Les protagonistes en deviennent des clowns acrobatiques dont chaque prouesse n’est pas tellement faite pour impressionner par son agilité mais plutôt par ses dialogues volontairement invraisemblables et par la stupidité alambiquée de ses chorégraphies. Il faut dire que la stupidité en question est vraiment époustouflante. Nishimura ne manque certainement pas d’inventivité pour orchestrer les scènes de bataille les plus absurdes à avoir vu le jour sur une pellicule. Torakage séduira tous les amateurs du over the top avec son combat contre le shuriken humain, son duel sous une pluie de sang (littéralement : il pleut du sang) et sa poursuite dans un jeu de billes géant. Sans aucun doute, du Nishimura au sommet de son art.

Boris Nonveiller

Le festival Fantasia se poursuit jusqu’au 5 août. Pour la programmation complète, c’est ici.