Un couple en voiture heurte par accident un coyote. Will sort du véhicule et achève l’animal. Le premier malaise du film ne sera pas le dernier. Les deux amoureux arrivent dans la maison d’Eden, l’ex-femme de Will, où une tragédie a détruit leur famille. Le prétexte de la soirée est de se réunir entre vielles connaissances. Eden, qui avait disparu pendant deux ans au Mexique, est revenue avec un nouveau copain et une joie de vivre qui lui sied étrangement. Le groupe réapprend à se connaître. Certaines anciennes dynamiques reviennent, d’autres sont brisées. Will est un homme particulièrement brisé. Par le passé.

Ce sont, plus ou moins, les quinze premières minutes du film, et on devra se contenter de ce résumé, car la véritable intrigue de The Invitation se dévoile tranquillement, comme un piège habilement construit, le présent et le passé progressant par petits pas, avec de très courts mais judicieusement choisis flash-back, le strict nécessaire, suffisamment pour comprendre progressivement d’où viennent les protagonistes. Plus le passé devient clair, plus l’avenir s’épaissit. De petits indices nous sont fournis à partir de la mémoire de Will pour tenter de comprendre ce qui arrive, ce qui motive les personnages, et surtout, combler ce mystère, de ce qui est arrivé exactement au Mexique, et comment les anciennes connaissances de Will ont changé.

The Invitation est un film d’horreur; on sait donc que les choses vont dégénérer et on s’interrogera tout au long de l’histoire sur le quand et le comment du basculement vers la terreur. Les scénaristes Phil Hay, Matt Manfredi et la réalisatrice Karyn Kusama le savent très bien, et nous manipulent jusqu’au bout en misant énormément sur le malaise, l’inconnu, et sur l’incroyable gouffre qui sépare le connaissable de toutes les zones d’ombres de l’humain. L’atmosphère pue l’inquiétante étrangeté sans qu’on soit capable de vraiment séparer la paranoïa de ce qui devrait véritablement inquiéter. À l’instar du protagoniste, le spectateur devra trancher le vraisemblable du vrai pour découvrir ce qui l’attend, et échouera immanquablement.

Car le scénario, insidieux, pour ne pas dire vicieux, joue justement avec ce rôle de détective que l’amateur d’épouvante aime tellement interpréter, lui qui connaît tous les codes et toutes les subtilités du genre. Il se fera cette fois prendre dans le traquenard labyrinthique que peut parfois cacher la psyché humaine. Les attentes sont créées puis déjouées dans ce film vicieux dont chaque plan, chaque phrase, sont conçus pour amener sa proie vers sa perte inéluctable. La claustrophobie de la mise en scène, l’angoisse grandissant peu à peu, sans qu’on s’en rende compte, font d’un synopsis en apparence assez prévisible une œuvre d’horreur redoutablement efficace.

Boris Nonveiller

The Invitation de Karyn Kusama était présenté dans le cadre du festival Fantasia.