Cette année, ma couverture du festival Fantasia s’est close sur une drôle de note, la première mondiale du film Summer of Blood, d’Onur Tukel.

Arrivant sur scène pour présenter son oeuvre, Onur se lance dans une litanie durant laquelle on le soupçonne un moment de faire de l’apnée. Il se dit d’emblée un grand fan de Woody Allen et espère que son œuvre va s’en ressentir.

En effet, dès les premières minutes, on sait qu’on a affaire à un névrosé verbomoteur et égocentrique, le genre macho qui veut une poulette bien roulée, mais qui est plutôt suintant dans son côté. Erik est un gars qui a des opinions sur tout, une solution à chaque problème, mais qui ne fait absolument rien pour les régler… vous voyez le genre?

Nous sommes choyés, c’est cet immonde personnage que nous allons côtoyer durant 1 heure 30! Sérieusement le gars est insupportable dans sa vanité mal placée, c’est d’ailleurs pourquoi sa copine (qui, entre nous, est beaucoup trop bien pour lui) le plaque dès les premières minutes du film après qu’il ait refusé sa demande en mariage.

Ok… et qu’est-ce que tout ça a à voir avec Fantasia?

Ça s’en vient. Dans son désœuvrement et ses déambulations nocturnes, Erik fait de drôles de rencontres. Trop accaparé par ses enjeux personnels, il ne réalise pas qu’un étrange phénomène est en branle et qu’il en fera bientôt partie…

Bien sûr, tout cela ne sera que prétexte pour parler des véritables sujets que désire aborder Tukel : la peur de l’engagement, le refus de se responsabiliser, la surconscience et l’individualisme qui paralyse cette dernière.

Le film est très marrant quoi qu’horripilant à la fois. On déteste vraiment le personnage et pour ma part, je ne souhaitais aucunement que les choses s’arrangent pour lui. Évidemment, le malheur qui lui arrive le rendra sensiblement meilleur. Une preuve de plus du bon fonctionnement de la règle des deux négatifs qui reviennent à un positif.

À la manière des films d’Allen, on aime détester le protagoniste du film, la femme est meilleure que l’homme, mais ne lui résiste pas pour autant et le fantastique vient se mêler du tout sans que l’on cherche à l’expliquer de quelque façon. Monsieur Tukel, votre inspiration trouve une belle résonnance dans votre œuvre.

Au niveau de la facture visuelle, impeccable. La direction artistique a fait un superbe travail pour cette production au budget limité. Les maquillages, éclairages et décors sont parfaitement choisis. On n’y voit que du feu.

Une seule chose, à trop aimer s’écouter parler, on en oublie parfois d’être subjectif. Outre de nombreuses redondances entre les dialogues, qui étaient calculées et faisaient partie du rythme,  le film avait, à mon sens plusieurs longueurs qui auraient facilement pu être réglées, par exemple, en coupant dans les envolées lyriques du personnage.

Vickie Lemelin-Goulet

http://www.fantasiafestival.com/2014/en/films-schedule/34/summer-of-blood