Ryuzo, septuagénaire, révise ses chorégraphies de combat au bâton dans le jardin de son fils, alors que ce dernier lui fait la morale sur son apparence douteuse : ses tatouages de yakuza, ses doigts manquants, son comportement peu subtil. Il aimerait bien que son père attire moins l’attention des voisins pendant qu’il garde la maison familiale. C’est sur cette drôle de scène que s’ouvre le nouveau film de Takeshi Kitano, Ryuzo and the Seven Henchmen. Le réalisateur vétéran du cinéma d’action et de yakuzas, s’étant aussi fait connaitre en déconstruisant le rôle de l’action dans les films de crime comme Hana-bi, livre cette fois une œuvre qui ne s’inscrit pleinement ni dans une tendance ni dans l’autre, mais des deux à la fois.

Car action et violence il y a, mais perpétrées par des vieillards confus, lents, attachants, mais tout de même dangereux. À leur image, les scènes d’action sont chancelantes, maladroites, frisant avec le burlesque, toujours entre la manœuvre et la performance comique. La situation même de Ryuzo et de ses hommes de main prête à la fois au rire, à l’admiration et à la sympathie. L’ex-yakuza, qui fréquente encore son ancien lieutenant, décide de réunir tous ses anciens collègues pour combattre une nouvelle racaille qui empoisonne la ville. De jeunes hommes d’affaire escrocs élaborent toutes sortes de manigances pour flouer et dépouiller des gens dans la rue, par téléphone, et ainsi de suite.

Guerre de générations donc, mais pas seulement. Le monde de Ryuzo est révolu, mais il ne le sait pas vraiment. Le film assume pleinement cette prémisse en l’affublant de mafieux rustiques, comme un spécialiste de la canne-épée, un tueur des toilettes, un kamikaze, un assassin au rasoir qui a du mal à se raser lui-même, et Mac, une sorte de Steve McQueen japonais tirant de son vieux pistolet à n’importe quelle occasion. Chacun de ces personnages plus grands que nature a sa propre présentation, et un montage en noir et blanc qui montre les meilleures performances de sa jeunesse, comme un vieux film de gangsters du siècle précédent.

Contrairement aux films d’action à la Expendables, on ne joue pas le facteur nostalgie et le second degré. Ryuzo est bien loin de ces clichés à deux pattes qui rient de leur propre désuétude. Au contraire, il croit encore à la hiérarchie des yakuzas, à leur sens de l’honneur. Il est, en tant que criminel d’une autre époque, tout de même représentatif des valeurs perdues par la génération actuelle. Cela permet des scènes à la fois très drôles et très décalées, comme la fameuse poursuite en autobus, ou l’élection du chef par un système de points basé sur les prouesses passées (10 points par meurtre, 1 point pour chaque année passée en prison, etc.). C’est bien parce que les vieux yakuzas sont inconscients de leur anachronisme et qu’ils tendent de le dépasser que le film fonctionne. Ignorant la tendance des films ironiques qui tentent de se déresponsabiliser de leurs propres pitreries, Kitano assume totalement la bêtise en réalisant une comédie criminelle sincère, originale et terriblement efficace.

Boris Nonveiller

Ryuzo and the Seven Henchmen de Takeshi Kitano était présenté dans le cadre du festival Fantasia. Pour la programmation complète, c’est ici!