Après les excellents Rabies (2010) et Big Bad Wolves (2013) de Aharon Keshales et Navot Papushado, le cinéma israélien continue sa tardive mais très convaincante percée dans l’horreur avec une troisième offrande, Jeruzalem, d’un autre duo de réalisateurs cette fois, les frères Paz. Jeruzalem semble appartenir au sous-genre du found footage, mais ce n’est qu’une parenté formelle. Le spectateur suit la virée de deux jeunes américaines en Israël à travers les Google glass portées par le personnage principal. Si on a le droit à la caméra subjective, les différents bugs numériques et les soudaines coupures auxquels nous avaient habitués Blair Witch Project, Rec et leur très nombreuse progéniture, il n’y a aucune volonté de justifier narrativement l’objet-film ou l’impératif de filmer : diégètiquement parlant, rien n’est enregistré, on a simplement accès à la perspective du gadget, avec sa connexion internet, ses reconnaissances faciales liées aux profils Facebook, ses mappes, et, oui, ses vidéos de chats.

Ce dispositif visuel est une gimmick, un mécanisme élaboré pour divertir et impressionner le spectateur, et il en est de même avec le scénario qui se résume finalement en un très simple concept. Rachel et Sarah se retrouvent en touristes à Jérusalem et découvrent à leur insu que bon nombre de superstitions liées à la sainte ville sont vraies. Sans aucune bonne raison, les voilà au centre d’une apocalypse biblique où les morts se lèvent et attaquent les vivants. Pourquoi? On ne le saura jamais, mais la réponse est sans doute la même que celle qui justifie le processus narratif du film à travers les Google glass : pourquoi pas? Si le scénario est aussi mince qu’un fil, et si l’intrigue n’existe que parce que les protagonistes prennent les pires décisions possibles (« c’est un plan stupide, mais c’est quand même un plan » dira-t-on) il ne nous reste que les attractions, les effets spéciaux, le gore, les créatures, le cataclysme, la ville qui s’effondre sous le poids de tout ce spectacle.

Ce deuxième aspect du film fonctionne d’ailleurs très bien. Les monstres infernaux, une sorte d’hybride entre les zombies modernes et les démons mythiques de l’antiquité, sont une bonne trouvaille, leur design est original et convainquant. On met tout en œuvre pour effrayer et impressionner le spectateur. Les bonnes vieilles apparitions surprises fonctionnent toujours et ne manquent pas de faire sursauter. Mais pour ce qui est du facteur épouvante, il ne faudra pas chercher plus loin. Jeruzalem n’est pas tellement un film de peur qu’un film de bibittes où les humains ne servent qu’à divertir par leur réactions paniquées, leur sang fusant un peu partout et leur transformation lente mais certaine en zombies vengeurs de la colère divine. Si c’est ce qu’on recherche, on sera très bien servi. Le spectacle demeure alors le plus grand défaut et le principal attrait du film en ce qu’il excelle dans ce domaine, mais qu’il ne fait pas grand-chose d’autre. Cela étant dit, le monde a aussi besoin d’un bon gros divertissement stupide et bien fait.

Boris Nonveiller

Jesuzalem des frères Yoav et Doron Paz était présenté dans le cadre du Festival Fantasia. Pour la programmation complète, c’est ici.