Eli Roth s’est fait connaître dans le monde comme le réalisateur des films de torture sans véritable histoire, dont Hostel, qui inspira le nom de Torture Porn donné justement à ce sous-genre ou, pourrait-on presque dire, cette mode, dieu merci, assez courte. En effet, dans ses trois longs métrages précédents (Cabin Fever et les deux Hostel), on a pu être témoin d’une grande inventivité quand il s’agissait de charcuter de mille et une manières des adolescents insipides, mais très peu d’idées du côté de la réalisation et du scénario. Green Inferno était donc attendu avec une certaine curiosité malsaine, mais aussi avec quelques réserves.

On verse cette fois-ci à la fois dans le politique et dans l’hommage aux films cannibales des années 70 et 80 à la Cannibal Holocaust. La protagoniste est une jeune fille peu politisée et assez naïve, qui croit qu’il suffit d’envoyer son père avocat en Afrique pour contrer l’excision. La désinvolture de son amie un peu idiote, mais tout de même plus lucide qu’elle, l’inspire à s’engager dans un groupe d’éco-terroristes, dans le but de contrer la déforestation en Amazonie, mais aussi un peu pour se rapprocher de ce leader qu’elle trouve quand même pas mal mignon. Comme on s’en doute, les choses vont mal virer, et s’en suivront des folleries et des cannibales.

Le discours sur l’engagement politique se mêle d’une manière assez étrange au gore grand guignol de cette fable environnementale. Roth nous fait croire qu’il engage un propos sérieux pour ensuite s’embarquer dans une série de blagues scatologiques, scabreuses et macabres. Le résultat est déstabilisant, ce qu’on peut considérer parfois comme une qualité, mais tout ce second degré, avec la subtilité qu’on connaît à Roth, nuit à la prétention sociale et effrayante du film. Même si la tension et l’horreur s’envolent au profit d’un humour noir grandiloquent, l’originalité des scènes de massacre et la débilité du scénario suffisent pour faire passer quatre-vingt-dix minutes en compagnie de rires et de dégoûts. Green Inferno demeure somme toute un mauvais film d’horreur, pour ne pas dire un mauvais film tout court, mais c’est du grand divertissement.

– Boris Nonveiller