Il y a du plaisir à déambuler au gré de la spontanéité dans la grille horaire de Fantasia. Pendant la dernière édition, je me suis pointée sur le site sans trop savoir ce que j’allais voir, j’ai choisi des films selon mon inspiration du moment et j’ai laissé faire le reste. Voici donc, un échantillon des possibles, allant d’œuvres que vous verrez dans un Cinéplex et d’autres qu’il vous faudra espérer dans une salle de répertoire, ou sur votre site de streaming préféré.

Astronaut de Shelagh Mcleod

Il y aurait eu le potentiel d’avoir un grand film avec ce premier effort de réalisation de Shelagh McLeod, qui est malheureusement gâché par trop de glaçage. Angus (Richard Dreyfuss) est un veuf qui fait face aux dernières années de sa vie. Voilà qu’une loterie toute particulière lui offre la chance de réaliser un de ses plus grands rêves. D’emblée, le film vaut la peine pour le travail de Richard Dreyfuss. Il y a quelque chose d’émouvant de voir un acteur à la carrière si longue contempler la vieillesse; ce qui donne lieu à plusieurs moments où la sensibilité des observations chavirent le cœur. Ils ne seront, cependant, pas assez nombreux pour nous faire oublier les bons sentiments qu’on veut nous forcer dans le gosier. Ceci étant dit, la beauté du propos et les bonnes intentions de la réalisatrice seront peut-être suffisant pour les moins exigeants. Un film pour les amateurs de sirop.

Extra Ordinary de Mike Ahern et Enda Loughman

Une médium (Maeve Higgins), candide et innocente, doit empêcher une rock star has been (Will Forte) de sacrifier des vierges, tout en découvrant l’amour pour la première fois auprès d’un veuf (Barry Ward) castré par sa défunte femme. Ici, on ne réinvente pas la roue, mais on exécute avec efficacité les recettes déjà éprouvées. Si quelques trouvailles donnent au film sa personnalité, il reste qu’on a vu ce scénario 200 fois et de meilleure façon (pensons à The Frighteners, de Peter Jackson ou Beetlejuice, de Burton). Ce qui ne veut pas dire que nous ne nous amuserons pas à la 201eme fois. Un film pour les amateurs de rires niaiseux.

Maggie de Ok-Seop Yi

Premier long métrage de la réalisatrice sud-coréenne, Ok-Seop Yi, voilà un univers étrange et original. Maggie, c’est d’abord le poisson-chat qui fait la narration du film, constitué de vignettes faisant l’étrange autopsie de la confiance. Suite à la prise accidentelle d’une radiographie coquine dans un hôpital, tout le personnel individuellement couvert de honte et croyant, pour la plupart, à tort qu’il s’agit de la leur, décide de ne plus rentrer travailler. Une infirmière et une médecin font des gageures sur la bonne foi des être humains. Un jeune homme soupçonne un collègue de lui avoir volé sa bague et en développe une obsession malsaine. Un couple n’arrive plus à se comprendre. Voilà autant de thèmes servis par une imagerie personnelle et poétique, qui porte un regard acéré, mais tendre, sur la condition humaine. Une comédie profonde et douce. Pour les amateurs de poésie.

Sator de Jordan Graham

Jordan Graham revêt, ici, tous les chapeaux pour nous offrir une œuvre minimaliste, aux connotations gothiques et à la photographie saisissante. Un jeune homme, vivant reclus au milieu des bois, voit le passé trouble de sa famille venir le hanter. À la fois méditation sur le legs difficile que peut parfois contenir nos gênes et l’isolation dans lequel peut nous enfermer certains traumatismes, Sator possède une qualité hypnotisante avec une aura de conte folklorique. Toutefois, le scénario semble manquer d’élan vers le dernier quart et le rythme s’essouffle, une fois toutes les images utilisées. Le film, qui nous offrait une porte vers une étrange intimité, devient, par instant, un peu hermétique. Pour les amateurs de symbolisme.

The Father’s Shadow de Gabriela Amaral Almeida

Le Brésil nous offre un nouveau type de réalisme magique avec la dissolution d’une famille vue à travers la perception d’une fillette amatrice de films d’horreur. Dalva (Nina Medeiros) a perdu sa mère et se retrouve sans pouvoir de réconfort devant son père anéanti par son deuil. Forcée de devenir l’adulte de la maison et influencée par sa tante superstitieuse, l’enfant est convaincue qu’elle est dotée de capacités surnaturelles afin de ressusciter les morts. Il y a, dans ce film, un mélange de drame intimiste et de commentaire social qui se déploie sans prétention ni flafla, simplement enrobé d’une mélancolie inquiétante. La mise en scène ne cherche pas à prendre le dessus sur l’histoire qu’elle dépeint, ce qui permet au propos de frapper juste. Après avoir présenté Friendly Beast lors de l’édition 2017 de Fantasia, Gabriel Amaral revient pour faire un portrait délicat de la perte de l’innocence de l’enfance. Un film pour ceux qui ont commencé à écouter des films d’horreur trop jeunes.

Rose Normandin