À première vue, on trouvait la programmation de Fantasia 2018 fort prometteuse et on doit avouer que la première semaine s’est avérée à la hauteur avec de nombreux films de qualité et plusieurs premières de marque. Voilà un survol de 4 moments fort de cette première semaine.

La nuit a dévoré le monde – Dominique Rocher

Sam est un solitaire. Même dans une fête branchée, entouré de gens cool, il est seul et il ne demande qu’à avoir ses vieilles cassettes pour retourner chez lui faire sa musique. C’est justement cette solitude qui lui sauve la vie puisqu’il est endormi tout seul dans une pièce fermée lorsque l’apocalypse frappe. Il se réveille dans le chaos, tout le monde est mort et il y a des zombies partout.

Au début, être l’un des seuls survivants de l’apocalypse peut avoir un côté séduisant pour un solitaire endurci. Il peut faire sa musique avec ses cassettes et des instruments fabriqués avec les moyens du bord, faire son jogging dans le building, fumer des cigares, etc. Mais l’extrême solitude devient inévitablement trop lourde un jour ou l’autre, même pour Sam.

Cette adaptation du populaire roman du même nom, La nuit a dévoré le monde réussit à renouveler le film de zombie en misant sur la détresse intérieure plutôt que sur les effusions de sang, L’ambiance intimiste et réaliste, soutenue par l’interprétation inspirée de Anders Danielsen Lie, réussit à nous toucher et à nous tenir en haleine.

Summer of ‘84 – Anouk Whissell, François Simard, Yoann-Karl Whissell

Davey est un fan de théories du complot… et de sa voisine et ancienne gardienne. Lorsque la nouvelle éclate qu’un tueur en série s’en prenant aux garçons adolescents sévit dans la région, Davey se met à soupçonner son voisin d’en face, le policier M. Mackey. Il convainc ses amis de l’aider à enquêter et à découvrir la vérité à propos de M. Mackey. Le groupe d’adolescents, qui aiment jouer à la chasse à l’homme le soir venu, devra maintenant jouer une partie où l’enjeu est beaucoup plus grand.

Les enfants chéris de Fantasia RKSS (Roadkill Superstar), qui se sont d’abord fait connaître avec des courts métrages présentés dans le cadre des Zapping Partys du DJ XL5 avant de faire un carton avec Turbokid, sont de retour avec quelque chose de complètement différent. Habitué des comédies gore, le trio de réalisateurs nous livre cette fois un thriller plus subtil et bien ficelé qui n’est pas sans rappeler le classique Stand By Me.

On y retrouve la plupart des éléments obligés du style : le nerd, le petit bum, le grand frère douche bag, etc. On en retient également la trame sonore tout à fait dans le ton et l’excellente prestation de Rich Sommer.

À voir au Cinéma du Parc à partir du 2 août 2018.

Neomanila – Mikhail Red

Toto aurait pu être un jeune garçon très bien, mais malheureusement, il est né en enfer. Orphelin, il doit maintenant tenter de tout faire pour libérer son grand frère de prison. Il se retrouve ainsi dans une situation impossible, coincé entre le gang de rue de son frère, la police et Irma et Raul, des tueurs à gage à la solde des autorités philippines, qui le prennent sous leur aile.

Film néo-noir, d’une rare dureté, Neomanila montre les deux côtés de la spirale de violence dans laquelle le gouvernement Duterte a plongé les milieux défavorisés des Philippines en payant des mercenaires pour conduire des exécutions extrajudiciaires de petits revendeurs de drogues afin de « nettoyer » le pays. Le réalisateur Mikhail Red dresse ainsi le portrait d’un environnement chaotique où le désespoir et la terreur règnent, et où il faut être prêt à tout pour avoir une chance de survivre.

The Fortress – Hwang Dong-hyeok

Au 17e siècle, le roi Joseon se replie avec la cour royale au sein de la forteresse de Namhan afin de résister à l’invasion chinoise. L’ennemi a 10 fois plus d’effectifs que l’armée royale, qui de surcroît, commence à manquer de vivres et à avoir du mal à survivre à l’hiver glacial qui sévit. Au sein de la forteresse, les ministres Kim et Choi, deux proches conseillers du roi, divergent quant à l’attitude à prendre face à l’envahisseur et ils essaient tous deux de rallier le souverain à leur vision.

En plus d’être visuellement splendide et ornementée de scènes de batailles épiques, cette saga historique illustre bien la complexité et le chaos de la guerre, ou des décisions difficiles avec de nombreuses ramifications doivent être prises avec des informations souvent incomplètes. Loin de se limiter aux choix tactiques ou au sempiternel débat entre faucons et colombes, les dilemmes successifs face auxquels se retrouvent le roi deviennent éventuellement plus philosophiques et existentiels. Qu’est-ce que la véritable force? Est-ce de se battre jusqu’au bout pour ses idéaux afin de s’assurer une mort dans la dignité, ou est-ce plutôt la force d’accepter l’inévitable défaite et d’endurer l’humiliation qui l’accompagne? Un film magnifique, enlevant et nuancé que Fantasia 2018 vous propose en rappelle le 2 août.

BONUS : Under the Silver Lake – David Robert Mitchell

Cette critique déjantée la culture populaire et du milieu du show-business a fait beaucoup jasé à Cannes et continuera certainement de le faire lors de sa sortie en salle. Je ne vous en dis pas plus. Surveillez la critique de Rose Normandin, à venir sous peu, pour en savoir plus.

Guillaume Francoeur

Fantasia, 12 juillet au 2 août 2018. Pour toutes les informations, c’est ici.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :