Agnes (Lora Burke) est à la recherche de quelque chose de plus grand qu’elle, d’une expérience qui transcende le banal du quotidien. C’est pourquoi elle s’adonne aux meurtres en série. Mike (Robert Notman), un détective privé un peu trop sûr de lui, a le malheur de lui déplaire. Elle voudra donc en faire sa prochaine victime, non sans explorer l’ascendant psychologique qu’elle pourrait développer sur lui. Le film dépeint le lien étrange qui se tissera entre les deux.

Film canadien tourné avec très peu de moyens, Poor Agnes se dévoile avec candeur et authenticité, ce qui pallie au léger manque de finesse de la réalisation (Navin Ramaswaran). Il est rafraîchissant de voir un personnage psychopathe féminin et ce rapport de force inversé donne un nouveau souffle au typique jeu du chat et de la souris. Lora Burke sait jouer avec l’humour du texte pour insuffler une dimension presque adorable à sa désaxée. En fait, on sait que nous sommes en présence d’une comédienne de talent capable de donner de la chair à un personnage qui manque un peu de relief sur la page.

Car c’est au niveau du scénario que le bât blesse. D’abord, les personnages sont tous unidimensionnels. Là où l’auteur (James Gordon Ross) aurait pu jouer avec les archétypes pour s’amuser un peu, il ne fait qu’adopter les clichés les plus anodins, offrant des personnages-fonctions plutôt que des êtres complexes. Les motivations d’Agnes semblent floues et elle est beaucoup trop brouillon pour que nous puissions croire en une tueuse aussi prolifique. Elle ne semble pas avoir de modus operandi, seulement des impulsions. Exit le calcul, exit la préparation, Agnes bute ceux qui l’offensent au hasard de leur chemin. En voyant les dents qui traînent sous sa table de cuisine, il est surprenant qu’elle ne se soit pas fait prendre jusque-là.

Pourtant la prémisse du scénario promettait l’originalité et l’ingéniosité. Le syndrome de Stockholm est un sujet étrange et passionnant qui aurait pu donner naissance à un film inusité. Malheureusement, c’est comme si le scénariste avait eu peur d’aller au fond du sujet et nous demande de croire en la transformation psychologique de Mike même si elle est construite de façon farfelue.

Si Poor Agnes est intéressant en ce qu’il flirte avec le film de torture pour aboutir du côté des thrillers psychologiques, il est dommage de le voir passer à côté de tant d’occasion de s’illustrer au rang des films-événements et offrir à ses spectateurs un film somme toute prévisible.

Rose Normandin

Le Festival Fantasia, du 13 juillet au 2 août 2017. Pour plus d’informations, c’est ici.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant. Remplissez le formulaire pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :