Ben et Joshua Safdie ouvrent la manne de ce qui sera un pur flot d’adrénaline de 100 minutes sonnantes en désignant, en introduction, Montréal comme la ville rêvée pour la première nord-américaine de leur dernière réalisation, la somptueuse débâcle qu’est Good Time. « Vive Montréal, vive le Cinéma L’Amour, vive le smoked meat, vive le bordel ! » En cette nuit où la quasi totalité des forces de l’ordre, plutôt que de veiller à une quelconque activité socialement lucrative, est réquisitionnée pour foutre la merde dans les rues de Montréal en prévision de bolides ridicules qui n’auront mieux à faire que de tourner en rond, la métaphore ne saurait être plus juste, l’ironie plus délectable.

Good Time from Festival Fantasia on Vimeo.

De concert avec la cinématographie fluorescente et suffocante de Sean Price Williams, de même que la musique frénétique de Oneothrix Point Never (prix de la meilleure musique originale au Festival de Cannes), les frères Safdie nous immerge dans la beauté criarde des quêtes vaines et désespérées que seuls peuvent avoir les laissés-pour-compte. Constantine « Connie » Nikkas (Robert Pattinson) – livrant une performance de haut niveau – fait sortir de force son frère, déficient intellectuel, (Ben Safdie) de l’hôpital psychiatrique où il est évalué pour troubles du comportement. Il l’entraîne dès lors dans un vol de banque foireux qui renvoie son frère en prison. S’ensuit une odyssée nocturne à la fois grandiloquente et sordide pour rendre à son frère sa liberté. Chacun des gestes de Constantine les rapprochent au fil des heures de leur perte, dans la logique immuable des tarés et indésirables de l’Amérique contemporaine.

Les frères Safdie livrent un véritable tour de force en réunissant, en parfaite osmose, les stéréotypes du film de genre et une critique sociale nuancée qui ne craint en aucun moment ses paradoxes et ses écueils. Le dénouement, se posant en antithèse à la quête des personnages, refuse au spectateur la facilité. La beauté ne se trouvera pas ici dans la révolte, encore moins dans la victoire, mais bien dans le grotesque devenant, face à une société qui utilise la force de l’ordre pour maintenir dans l’impasse et la violence ceux qui s’y trouvent, la seule arme pour se réclamer de son humanité.

Face à un cul-de-sac sans fond, il n’y a guère plus de libération possible ; il ne reste que l’appel de Constantine : « I don’t wanna see them justify this shit. »

Katherine Raymond 

Good Time sera à l’affiche dès le 25 août 2017. Fantasia 2017, du 13 juillet au 2 août 2017. Pour toutes les informations, c’est ici.

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