La projection de la version restaurée de Death Line (1972), quarante-cinq ans après sa sortie dans les salles obscures britanniques, n’est pas nécessairement considérée comme l’événement phare du Festival Fantasia de 2017, mais c’est tout de même une opportunité pour le cinéphile nord-américain de découvrir le film culte anglais tel qu’il ne l’a jamais été : dans sa version originale. Le premier film de Gary Sherman n’avait été distribué internationalement que sous le nom de Raw Meat, dans une version abrégée (sans ses excellents plans-séquences), visant un public de cinéma d’exploitation avec un doublage à l’accent américain, ce qui fait qu’on perdait énormément du jeu de Donald Pleasence, qui est pourtant l’un des points forts du film.

Malgré un aspect qu’on pourrait qualifier de sensationnaliste avec sa scène de meurtre gore et ses maquillages élaborés, Death Line se trouve être un film politique assez déstabilisant. La critique sociale se camoufle dans une histoire policière, à travers laquelle on suit l’enquête sur la disparition d’un ministre qui aurait été aperçu, pour la dernière fois, dans le métro. Loin d’être la première disparition du genre, ce sera toutefois la première d’une personnalité importante, ce qui vaudra toute l’attention de la police.

Les couloirs souterrains, pourris et infestés de rats, filmés en long et en large, font partie d’un vrai réseau qui a été abandonné vers la fin du dix-neuvième siècle. En réalité, à l’époque du tournage, de nombreux itinérants y habitaient encore, mais dans l’histoire mise en place ici, c’est une famille de rescapés de la peste qui y meurent à petit feu. Le patriarche, clairement victime de maladie mentale, n’a pas d’autres ressources que de kidnapper les passagers à la sortie des derniers métros pour nourrir sa femme enceinte. Sa dernière parcelle d’humanité est un slogan qu’il répète continuellement comme pour tenter de communiquer avec ses victimes : « Mind the doors, mind the doors »

À la fois critique acerbe des inégalités sociales et de l’incompétence des forces policières (représentées par l’inspecteur chargé de l’enquête, un bouffon caractériel magnifiquement interprété par Donal Pleasence), et fable sordide à l’humour noir assez grinçant, Death Line est un drôle d’objet hybride et un bel échantillon d’un genre qui a marqué la décennie des années 70, et qui connaît d’ailleurs une certaine renaissance de nos jours : le film d’horreur politiquement engagé.

Boris Nonveiller

Le Festival Fantasia, du 13 juillet au 2 août 2017. Pour plus d’informations, c’est ici.

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