Avec A Ghost Story, David Lowery revisite le concept des histoires de maison hantée en nous offrant un film d’auteur qui ne cherche pas à plaire, mais bien à poser une réflexion sur la mort et le deuil.

Un jeune couple, M (Rooney Mara) et C (Casey Affleck), habite une maison. Le film est cadré en 4.3, en vignette, à la manière des photographies des années 70. Les plans, magnifiques, sont longs pour bien mesurer l’empreinte du temps. Ils sont amoureux, mais une distance s’est installée entre les deux. Puis, il meurt. Prisonnier d’un autre espace-temps, le fantôme de C reviendra habiter sa maison, témoin de la souffrance de M sans pouvoir lui parler ou la toucher. Voilà, en somme, toute l’histoire de A Ghost Story. Le reste est un prétexte pour contempler la mort, réfléchir sur la mémoire et s’interroger sur la portée de l’humanité.

La convention du fantôme peut d’abord sembler farfelue. C se relève de la table d’autopsie, un drap sur la tête, qu’il revêtira à la manière des fantômes de notre imaginaire d’enfant pour tout le film (oui, oui, avec deux trous pour les yeux). Pourtant, une fois accepté, ce procédé permet au spectateur d’aller au-delà du jeu d’Affleck et de projeter ses propres émotions dans celles du fantôme.

David Lowery (que l’on connaît pour Ain’t Them Bodies Saints et pour Pete’s Dragon) a écrit, réalisé et monté le long métrage. Ainsi, toutes les décisions techniques (prises avec la complicité du directeur photo Andrew Droz Palermo) convergent vers la volonté de raconter avec beaucoup de retenue une histoire émotionnellement chargée. Tout est sobre, tant au niveau des mouvements de caméra que de la palette de couleurs. Le rythme lent confère douceur et compassion, et la construction des cadrages et le jeu de caméra sont dictés, non pas par l’objet du plan, mais bien par les émotions que l’on veut suggérer.

Il faut également souligner le travail magistral de Daniel Hart à la conception sonore. La musique aux influences baroques arrive à souligner la mélancolie et le tragique des images sans sombrer dans le pathos. La sensibilité musicale de Hart juxtaposée aux lentes séquences de Lowery, amène une immersion intense dans l’univers du film.

Bien qu’il ne fasse absolument pas l’unanimité, A Ghost Story est définitivement à ne pas manquer pour ceux qui aiment que leurs films deviennent des oeuvres d’art. À voir sur grand écran absolument!

Rose Normandin

Le Festival Fantasia, du 13 juillet au 2 août 2017. A Ghost Story sera en salle à compter du 4 août. Pour toutes les informations, c’est ici.

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