Après m’être octroyé quelques jours pour mastiquer, avaler puis digérer tout ce que j’ai vu de beau, de laid, d’enchanteur, de déroutant, de dérangeant,  et même de dégoûtant au festival Fantasia de cette année, je suis finalement prêt à me mouiller et à vous présenter mes cinq coups de cœur de cette vingtième édition.

ÉCARTÉE (Lawrence Côté-Collins, Québec)

Afin de réaliser un documentaire sur la réinsertion sociale, Anick s’installe quelques jours dans la modeste demeure de Jessie et Scott, un ex-détenu récidiviste, pour les interviewer et les filmer dans leur intimité. Or, le projet s’étire; Anick et sa caméra deviennent de plus en plus envahissantes, au grand désarroi de Scott qui cache mal son impatience.

Après avoir réalisé plus de 40 courts métrages en douze ans de carrière, Lawrence Côté-Collins signe ici un premier long métrage fort réussi. Ce faux documentaire n’est pas sans rappeler certaines des œuvres les plus efficaces de Robert Morin, ne serait-ce que par les malaises et le sentiment de voyeurisme que suscite parfois le jeu de caméra excessivement intimiste.

TRAIN TO BUSAN (Yeon Sang-ho, Corée du Sud)

Définitivement le meilleur film d’horreur que nous ayons vu cette année, mais ne nous étendons pas plus longuement sur le sujet, Boris Nonveiller l’a déjà fait de manière fort éloquente aux Méconnus.

TOXIC LE RAVAGEUR (Michael Herz et Lloyd Kaufman, États-Unis)

Présenté en version doublée en français sous la rubrique « Doublages insolites », Toxic le ravageur est une œuvre phare dans le domaine du cinéma d’horreur indépendant. On comprend vite pourquoi RKSS, le trio de réalisateurs nous ayant offert l’un des meilleurs films de l’édition 2015 (Turbo Kid) et présidents d’honneur de l’édition de cette année, cite ce film culte de 1984 comme une de leurs principales inspirations.

Si on ne le méprendra jamais pour un gagnant de la Palme d’Or − ou même pour un gagnant d’un prix de moindre importance dans un festival de cinéma indépendant −, son humour politiquement incorrect et ses scènes particulièrement violentes et sanglantes font de Toxic le film parfait à regarder avec le public survolté de Fantasia.

GORAN (Nevio Marasovic, Croatie)

Goran n’est pas du type ambitieux. Il se satisfait bien de bosser comme chauffeur de taxi le jour et de picoler avec ses amis au chalet le soir et les fins de semaine, ce qui ne manque pas d’exaspérer Lina, sa petite amie non-voyante. Quand il apprend que celle-ci est enceinte, la petite existence tranquille de Goran subira des transformations bien plus dramatiques que ce qu’il n’aurait pu imaginer, lui qui aurait surtout souhaité que rien ne change.

Pour que le spectateur soit captivé par le récit invraisemblable de cette sale bouille d’alcoolique, il fallait que le jeu des acteurs, autant que la réalisation et la scénarisation, soit parfaitement à point, et ils le sont tous. Cette imprévisible et charmante comédie noire est assurément l’une des plus belles surprises du festival cette année.

ANOTHER EVIL (Carson D. Mell, États-Unis)

Quand Dan (Steve Zissis) et Mary (Jennifer Irwin) se rendent compte que leur maison de campagne est hantée, ils décident de faire appel à un « professionnel » pour les aider à se débarrasser de ces entités gênantes. Intervient alors Os, un chasseur de fantôme étrange qui semble se chercher des amis et dont la présence deviendra bientôt plus encombrante que celle des esprits qu’il était venu expulser.

Il est rare de trouver un film qui peut à la fois nous faire rire et nous faire peur. De toute la programmation de Fantasia 2016, Another Evil est indéniablement l’œuvre réussissant le mieux ce double défi. On a beau chercher, on ne peut trouver d’autres longs métrages qui ont pu naviguer avec autant d’efficacité en eaux troubles aux frontières de la comédie satirique, du thriller psychologique et du film de fantôme.

Guillaume Francoeur

Fantasia, du 14 juillet au 3 août 2016. Pour plus d’informations, c’est ici.