Tout est calculé au quart de tour : les vêtements juste assez sexy, la fausse crevaison, le poing électrique. Le jeune et riche requin de la finance n’y voit que du feu. Quand il se réveille, il est attaché dans la cuisine des parents de Fannie. Ses parents décédés à cause de gens comme lui. Fannie ne le laissera pas s’en sortir indemne…

Divisé en deux longues nouvelles distinctes, Fannie et Freddie du français Marcus Malte propose d’explorer l’univers de la vengeance et de la culpabilité. La première histoire en est une de David contre Goliath, de douleur d’une jeune femme et de son désir de vengeance face à un système rodé de spéculation immobilière dans lequel les milliers de familles américaines qui se retrouvent à la rue ne comptent que comme une donnée négligeable. C’est une brèche qui s’ouvre et qui donne lieu au déferlement de la folie qui se terrait chez cette infirmière sans histoire, sans malice, sans grandes ambitions.

Marcus Malte livre avec Fannie et Freddie un instantané du capitalisme sauvage, depuis ce père de famille suant eau et sang à la Bethlehem Steel Corporation jusqu’aux restaurants chics que le jeune millionnaire fréquente assidument. La narration agile de Malte ne dévoile rien avant que le bon moment soit arrivé, faisant de ce petit livre un opus qu’on dévore à toute vitesse. Mais comme dans tout roman français d’inspiration américaine, certaines expressions peuvent faire sursauter, notamment les « midinettes », « kiffer » et autres « putains » qu’on retrouve ici et là. Qu’à cela ne tienne, le style est efficace et accrocheur dans cette façon qu’il a de combiner le meilleur du roman psychologique et la catharsis propre aux récits de justiciers ordinaires  – non sans égrener quelques scènes de violence chemin faisant.

La seconde nouvelle du livre reprend un peu les mêmes thèmes – désir de vengeance sur fond de quartier ouvrier qui périclite. Dans Ceux qui construisent les bateaux ne les prennent pas, Ingmar Perhsson arpente la plage de Seyne-sur-Mer, sur la Côte d’Azur, en se remémorant les événements qui ont mené à la mort tragique de son meilleur ami alors qu’ils n’avaient que quatorze ans. Devenu flic dans l’espoir de retrouver enfin le meurtrier en cavale, le personnage raconte au passage la vie de la ville ouvrière du temps où le grand chantier naval était encore le moteur économique de la région.

Encore une fois, c’est cette faculté qu’a Malte de distiller les indices entre de longs monologues qui s’apparentent à une étude du tissu social d’un lieu qui rend le livre si difficile à déposer. Dans les deux récits, les personnages principaux se démarquent par leur psychologie tourmentée et l’ambivalence qu’ils inspirent. Ce petit livre est décidément très réussi, et comme tous les opus des éditions Zulma, il brille par la joliesse de sa couverture. Une lecture fascinante et – malheureusement – très courte!

Chloé Leduc-Bélanger

Fannie et Freddie, Marcus Malte, Zulma, 2014.