Crédits: stephbourgeois.com

Alors que la semaine dernière je sortais de Chante avec moi hantée par un malaise profond face à notre société névrosée par les règles qu’elle s’est elle-même imposées, cette semaine c’est avec une parcelle d’espoir que je quitte le Périscope. Oui, La famille se crée en copulant dresse un portrait tout aussi sombre de notre société, cette fois-ci gangrenée par plusieurs maux — la consommation de masse, l’économie de bouts de chandelles, la télévision à outrance, les bonnes intentions sans résultat, les théories du complot — mais surtout par le cynisme et la déprime. Ceci dit, l’humour est aussi au rendez-vous.

Mais voilà que je commence par la fin. Revenons au début.

Avant de prendre place, on nous invite à visiter une exposition d’allées d’épicerie. Family First de Hugo Nadeau. Du pop art au menu? Je n’étais pas si loin de la vérité.

Les cinq acteurs entrent avec une brassée de costumes qu’ils laissent tomber en tas sur la scène. Ils nous offrent une série de tableaux de famille tous un peu bancals, simplement en changeant de costume devant nos yeux. «N’ayez pas d’enfant», nous prévient-on d’emblée. Enfance gâtée, inceste et vengeance, adolescence rebelle, retrouvailles télévisées, thérapie de couple et j’en oublie. Isolé par la lumière, chaque personnage s’adresse directement au public. Les monologues déprimants s’enchaînent. «Ça va tu être de même toute la soirée?», proteste l’une des actrices. Changement de ton. Dialogues et ambiance cabaret.

On fait une pause publicitaire pour parler de télévision et de consommation avant le programme principal: portrait d’une famille québécoise sur fond de catalogue Ikea. Dans leur décor de carton-pâte, le père, la mère et la fille ne se sont au début que le pâle reflet de ce qu’ils pourraient être. Mais avec chaque nouvel épisode, au contact de ce locataire aux idées bouleversantes, ils gagneront en profondeur, chercheront un but à leur existence autre que boulot-télé-dodo. Et si, à la fin, ils ne pensent pas encore par eux-mêmes, on a bon espoir pour leur avenir et pour le nôtre. Parce que cette famille est aussi le reflet de ce que l’on voit tous les soirs dans l’écran de la télévision, qu’il soit allumé ou non.

Comme toutes les critiques de société, quelle que soit leur forme, le texte de Jacob Wren ne propose pas vraiment de solution, mais plutôt la première étape vers la lumière: cessons d’être cyniques et déprimés. Le tout emballé dans la bonne humeur qui fait le charme du Théâtre des Fonds de Tiroirs.

Ariane Hivert

La famille se crée en copulant est présenté au Théâtre Périscope à Québec jusqu’au 4 octobre 2014. Texte de Jacob Wren, mise en scène par Frédéric Dubois, une production du Théâtre des Fonds de Tiroirs.