Crédit photo: Patrick Laffont

Après un passage remarqué à Montréal au printemps 2012 avec sa pièce Kolik, Hubert Colas, véritable agitateur de la scène contemporaine française, est de retour à l’Usine C avec un nouvel opus tout aussi percutant. Face au mur, une trilogie féroce signée Martin Crimp,  met en scène dans une langue aussi affûtée que magistrale, la violence latente qui se terre dans nos villes occidentales. Dans un univers léché aux allures de perfection, Hubert Colas fait exploser le vernis social dans une sauvagerie sophistiquée et déconcertante. Un uppercut saisissant !

Cela ne part de rien. Sur le plateau, cinq interprètes en smoking évoluent dans une mer mouvante de ballons gonflables. Ce qu’ils disent, ce qu’ils décrivent, est une mémoire vivante de ce qui nous entoure dans les sociétés occidentales. Un reflet du monde nous parvient, et dans ce décor quasi céleste, tout paraît tranquille. Jusqu’à ce que les mots claquent et fissurent la quiétude ambiante, laissant émerger une violence contenue, pernicieuse. Il nous vient alors des images, on se souvient des actes commis dans des lieux publics, une mairie, une école. C’est chez nous, dans nos quartiers, dans nos rues, dans nos maisons, que la terreur peut entrer à tout moment.

« À l’abri de rien pourrait être le sous-titre de ces trois pièces courtes », nous dit le metteur en scène.

Les mots de Martin Crimp, dramaturge britannique de la dérision, taillent dans le vif et nous rappellent, avec un humour pince-sans-rire, que le confort où le plus grand nombre d’entre nous se repose, nous fait oublier toute une partie du monde. À tout moment, elle peut surgir face à nous, exprimant par n’importe quel moyen son désir de vivre. Hubert Colas lui offre ici un écrin poétique afin de mieux amplifier l’urgence et la contestation qui l’irriguent. Face au mur marie sur scène la candeur et la cruauté, dans une danse macabre et sophistiquée. Nous laissant transis, face à une terrifiante beauté construite à l’image de notre  humanité, pétrie de contradictions et en quête de réconciliation.

Hubert Colas célèbre l’écriture théâtrale
 dans toute sa diversité. Il a exploré les 
langues aussi variées que celles de Witold
Gombrowicz (Mariage), Christine Angot (Nouvelle Vague et La fin de l’amour), Sarah Kane (Purifiéset 4.48 Psychose) ou encore Rainald Goetz (Jeff Koons et Kolik). En optant pour une approche frontale 
et sans ambiguïté, il oriente son travail de recherche vers cet échange à venir : la rencontre avec le public.

Martin Crimp s’affirme ces dernières années comme l’un des plus brillants auteurs de théâtre européen. D’une écriture cisaillée, il radiographie avec ironie les sociétés organisées autour de l’anonymat de ses sujets et de leurs égarements. Il délaisse dans ses œuvres les conventions de la narration pour évoquer les turpitudes des êtres d’aujourd’hui, l’enfermement tragique de l’homme moderne avec une cruauté et un humour dévastateurs.

Source :RuGicomm