L’installation de David Kramer dévoile cet écart entre la réalité et sa perception : la petite fête qui se déroule au bord d’une piscine dans des couleurs acidulées rappelant l’Amérique des années 1960, est minée par le sous-texte désillusionné : Je dois remercier les drogues et l’alcool pour les meilleurs moments de ma vie. »

Sous influences est une exposition présentée à la Maison rouge du 15 février au 19 mai 2013. Le commissaire de l’exposition, Antoine Perpère, désirait présenter un survol des diverses relations que les artistes peuvent entretenir avec les psychotropes du début de XXe siècle jusqu’à aujourd’hui. On y retrouve des noms plus connus, Henri Michaux, Antonin Artaud, Francis Picabia, Jean-Michel Basquiat, Jean Cocteau et Charles Baudelaire, et des artistes contemporains comme Jeanne Suspuglas, Fred Tomaselli et Bryan Lewis Saunders. L’exposition regroupe près de 250 œuvres qui s’inscrivent de près ou de loin de l’atmosphère et de la sensation crée par la drogue. Ces artistes sous influences sont classés ici par substances et par leur rapport à la drogue.

Antoine Perpère, en plus d’être artiste, est intervenant en addictologie. Cette double formation lui a permis de monter cette exposition singulière avec une grande sensibilité, mais aussi une connaissance pointue des tangentes et des effets à courts et à longs termes des stupéfiants. Les œuvres varient selon la drogue consommée et l’effet sur la conscience que celle-ci engendre. La variété des effets selon la nature des substances est présentée comme l’axe principal de l’exposition. Il y a donc quelque chose de très scientifique dans ce qu’accueille la Maison rouge ce printemps. Comme le présente Antoine Perpère dans le communiqué de presse de l’exposition, Sous influences propose des exemples, évidemment non-exhaustifs, de rapprochement entre le processus créatif et l’utilisation de produits à effets psycho-dynamiques, en dehors de tout jugement moral, de prises de position socio-juridiques, d’interprétation psychologique ou de choix esthétiques prédétermines. Voilà l’objectif premier de Sous influences.

La première partie de l’exposition se penche sur la représentation plastique de l’expérience sous influence. On y est à cheval entre le document historique, le critère esthétique, le rapport au transgressif et au légal. Le deuxième volet conduit le spectateur à vivre l’expérience des psychotropes par l’entremise d’installations et de dispositifs psycho-sensoriels. La troisième partie présente des artistes qui désirent volontairement présenter l’effet des drogues sur leur processus créatif. La prise de stupéfiants y est donc explicitement mise en avant-scène

Yayoï Kusama, Dots Obsession (infinity Mirrored Room), 1998
Collection les Abattoirs-Frac Midi-Pyrénées © Yayoï Kusama, photographie Grand Rond Production

 

L’exposition navigue entre plusieurs eaux, le ton varie d’une œuvre à l’autre, d’une pièce à l’autre. Le spectateur est accueilli avec des vagues d’encens, puis, peu à peu, il est confronté à des seringues, des scènes d’injection violentes, des documentaires sur le trafic de la drogue… À la fin, il est dans le sous-sol de la Maison rouge, devant des vidéos et des affiches qui renvoient à l’usage glamour de la drogue. Conclure l’exposition sur ce ton n’est pas anodin, il traduit le rapport ambigu que la société entretient avec la drogue. Plusieurs produits de luxe très connus, en l’occurrence, renvoient directement aux substances illicites : – Loverdose, Opium, etc. Après avoir vu la déchéance que peut causer l’usage de certaines drogues, ces dernières apparaissent moins attrayantes, le spectateur se retrouve dans les bas fonds, dans le sous-sol un peu glauque de la galerie d’exposition et est alors confronté à l’image de la drogue dans la sphère publique. Ce côté éducatif, voire même dissuasif, m’a agacé un peu. J’ai eu l’impression qu’on a voulu me dire : « La drogue, c’est mal même si ça peut avoir l’air bien cool. » Bien que Antoine Perpère désire éviter tout jugement, il est néanmoins trahi par sa formation d’intervenant en addictologie. Le message n’est pas explicite, mais la disposition des œuvres et le parcours proposé signalent toutefois un certain discours orienté idéologiquement. Malgré tout, cela n’enlève rien à la qualité de l’exposition.

À Paris, l’exposition a fait beaucoup jaser. L’originalité et l’audace du sujet traité attirent un public varié. Si vous passez à Paris, vous n’avez pas tellement le choix de faire un détour par la Maison rouge.

– Sylvie-Anne Boutin

Henri Michaux, dessins mescaliniens, 1955.