Adapté du court métrage du même nom, Excision de Richard Bates Jr. dont c’est le premier long métrage, raconte la vie et les déboires de Pauline, une jeune adolescente vivant dans une banlieue séculaire des États-Unis. Comme tout le monde, elle a bien du mal à supporter l’adolescence. Grandissant avec sa jeune sœur atteinte de la fibrose kystique, son père sans colonne et sa mère catholique trop contrôlante, elle essaie tant bien que mal de survivre à un entourage qu’elle déteste en s’isolant dans ses ambitions de chirurgienne à travers un monde imaginaire peuplé de fantasmes macabres. Pour illustrer le malaise grandissant, des séquences de rêve sanglants seront d’ailleurs insérés ça et là dans le récit. On a ainsi accès à la psyché d’une jeune femme rationnelle mais comprenant mal ses pulsions, enragée par la froideur maternelle et par son milieu aseptisé.

On a déjà vu le genre de l’horreur utilisé comme une parabole pour parler de la crise d’adolescence (notamment dans Ginger Snaps) mais rarement avec autant de brio. Si le sujet de la déconstruction d’une famille américaine a été traité de multiples fois, la méthode et le traitement d’Excision en font toutefois un film très original et rafraîchissant pour les fans du genre. Ces derniers reconnaîtront d’ailleurs quelques clins d’œil dans le casting, entre autres les cameos de John Waters et Malcom McDowell. Le jeu est un autre point fort du film. Les acteurs de soutien sont tous solides mais la palme revient à AnnaLynne McCord qui est tout simplement éblouissante dans le premier rôle. Elle a d’ailleurs obtenu une mention spéciale (toute méritée) du festival Fantasia pour sa performance.

Quand on adapte un court métrage, il est facile de tomber dans le piège du trop étiré et de faire du style sans substance. Mais ce n’est pas le cas ici, et le réalisateur a eu la bonne idée de situer le propos du court à la fin du film plutôt que de faire le contraire. Au lieu d’avoir une orgie de sang gratuit, on est devant une étude psychologique d’horreur faite avec intelligence, mesure, et tout même, son lot de gore. Excision est une belle surprise et le début d’une carrière de réalisateur qu’on suivra avec grand plaisir.

Excision, présenté à Fantasia 2012

– Boris Nonveiller