Crédit photo : Theatre Junction

Il ne s’agit pas de l’album de Neil Young si certains se le demandaient, mais plutôt d’une pièce créée par la compagnie Theatre Junction, venue tout droit de Calgary. La troupe était en résidence au Théâtre Aux Écuries depuis l’automne dernier. Le résultat? La présentation d’Everybody Knows This Is Nowhere du 3 au 7 novembre derniers, un texte signé Marc Lawes et Raphaële Thiriet dans une mise en scène interdisciplinaire.

À notre arrivée dans la salle, trois acteurs étaient déjà sur scène, s’affairant dans un jeu d’observation commune. L’un des deux hommes (Luc Bouchard-Bissonneault) est venu vers nous pour nous convaincre d’un fait : « Je ne manque de rien ». En nous dressant la liste de ses avoirs (matériels), il semblait vouloir se convaincre lui-même… Mais il ne faisait qu’illustrer la solitude du personnage. Ce passage a lancé le ton : Everybody Knows This Is Nowhere est une pièce qui est riche autant par la forme que son contenu.

Dans cette oeuvre, on n’est pas très loin dans le futur et cette société est prise avec ses désillusions, qui laissent peu de place aux rêves. La scène aux multiples décors et les projections visuelles permettent de voyager dans l’espace et le temps: la chambre d’un motel, un cabaret ou un désert? La forme de ce désenchantement occidental est éclatée: on y retrouve du chant, de la danse contemporaine, de la vidéo et du théâtre… Tous ces genres permettent aux personnages d’explorer la dépendance aux choses futiles, les tentatives ratées de remplir le gouffre du manque et l’incapacité à parler le même langage.

Le spectacle est une suite de morceaux qui semblent attendre qu’on leur donne un sens. Même sans narration linéaire, les souvenirs qu’on nous lance et les figures qu’on convoque (Nietzsche, Lana Del Rey) nous amènent à prendre conscience de l’expérience de cette suite d’idées, ce qui peut mener à une réflexion sur le genre de société que nous aurons à léguer.

Certains passages auraient pu être plus courts, même si la technique de répétition permet d’augementer leur intensité. Comme lorsque l’interprète Raphaële Thiriet nous a raconté l’histoire « d’un dormeur qui rêvait d’un dormeur qui rêvait d’un autre dormeur…». La poésie de certains monologues constrastaient avec d’autres très terre-à-terre, ce qui enlevait du rythme à la pièce. Cependant, des moments forts se sont démarqués: les parties dansées – où le corps devenait l’écho d’un monde factice -, un des passages en anglais où la danseuse Mélina Stinson nous apprend à se connecter à sa tristesse (la ligne est mince entre celle-ci et le bonheur, qu’elle nous dit), etc.

Everybody Knows This Is Nowhere se définit comme un regard critique sur notre état connecté/déconnecté du monde. Et on repart avec cette impression – même si on le savait déjà – que nos vies sont vides de sens. Alors, qu’en sera-t-il du futur qu’on prend soin de ne pas imaginer?

– Rose Carine H.

Everybody knows this is nowhere a été présenté au théâtre Aux Écuries du 3 au 7 novembre.