Veuillez entrer.

Le film joue.

Il n’est pas en boucle. Il n’a pas de durée déterminée.

Le code apparaît sur les écrans situés de part et d’autre de la salle.

Le film n’est jamais deux fois le même.

Il ne finit jamais. »

Espiègle invitation.

Le film whiteonwhite rappelle, comme l’annonce son titre, l’abstraction extrême de Kasimir Malevitch. Une expérimentation sur fond blanc. whiteonwhite est, physiquement, le point central de l’exposition d’Eve Sussman au MAC ; mais le film est aussi, thématiquement, l’ensemble de l’exposition. L’œuvre est morcelée. Tout est présenté par fragments.

Un certain Mr. Holz vit à City-A. Située en Asie centrale, la ville est marquée par un héritage soviétique. Mr. Holz est géophysicien.

Eve Sussman n’a pas monté son film. Elle a filmé les scènes, enregistré la narration en voix off et les effets sonores. Puis, elle a mis en place une programmation algorithmique, un effet de superposition aléatoire des scènes et des sons. Le film est monté en temps réel. « Il ne finit jamais. »

La signature rappelle Godard. Le film est une curiosité, une œuvre captivante. Il crée une expérience. Mais au-delà de tout ça, whiteonwhite fait réfléchir sur le temps, l’habitude, la construction consacrée des œuvres d’art. Sur le concept du temps linéaire, surtout. Ni le montage traditionnel ni le schéma narratif n’ont leur place dans cette salle de projection. Au milieu de tout ce hasard, le mystère demeure quant à l’entièreté de l’œuvre ; impossible de savoir à quelle fraction des scènes filmées on a assisté, impossible de prendre du recul. Whiteonwhite est insaisissable.

Le reste de l’exposition donne l’impression de réunir un ensemble de scènes abstraites retirées du film. Elles précisent les influences culturelles de l’artiste, son questionnement sur la viabilité du capitalisme et celle du communisme. Elles encadrent, enfin. Le fond blanc sur lequel est posé le carré.

L’héritage historique et artistique de l’œuvre de Sussman est riche ; mais whiteonwhite est surtout une expérience à vivre. Le temps y est une énigme.

L’aléatoire est poétique.

Pour plus de fragments

En continuité avec Eve Sussman, le MAC présente une exposition d’œuvres de Michel de Broin. Un conteneur à déchets transformé en piscine, une perceuse percée d’où coule un jet d’eau infini, une bicyclette à fumée ; tout y est. Et l’artiste prend soin de morceler son œuvre, de l’exposer par étapes et à travers des médiums complémentaires.

Intéressant.

– Anaïs Savignac

Eve Sussman/Rufus Corporation et Michel de Broin, au Musée d’Art Contemporain de Montréal, jusqu’au 2 septembre.