Au cours de l’été 1988, Nil, qui possède un caractère farouche, impétueux, un peu féroce et mal ajusté, prend la fuite direction Le Bic, laissant derrière son oncle impitoyable et son frère jumeau déjanté. Elle quitte donc pour le Bas-St-Laurent, en traînant dans son sillage un renard apprivoisé qui lui sert de compagnon. Elle y rencontrera un restaurateur séropositif nommé Jacob, un être diffus, que personne ne connaît très bien, un être malade, angoissé, mais d’une gentillesse folle, qui pratique un bien curieux commerce de safran.

Deuxième roman de Miléna Babin après Les fantômes fument en cachette, paru en 2014, également paru chez Quai no5, L’étrange odeur du safran es un roman porté par une narration adroite. Les dialogues sont excessivement bien campés, on nous sert une histoire où s’enchevêtrent les récits, on nous décrit des scènes d’une grande portée d’une grande sensibilité où nous parle de la vie de tous les jours de ses personnages forts attachants, et vrais, la plupart du temps aux prises avec des problèmes lourds : un passé houleux, dur dans le cas de Nil, ou un avenir qui semble précaire, moins que certain pour Jacob.

L’auteure originaire  de Carleton-sur-Mer, mais vivant à Québec n’en est pas à ses premières armes en écriture, et ça se sent: elle nous livre une histoire portée par une langue lyrique, imagée, mais parfaitement maîtrisée.

C’est un pari réussi pour Miléna Babin qui nous revient en grande forme avec ce deuxième livre complexe, touffu, parsemé de perles d’écriture.  L’auteure écrit depuis toujours, nous semble-t-il, et depuis la parution de son tout premier roman, sa plume s’est affinée, est devenue plus adroite, plus polyvalente : elle est merveilleusement habile avec les mots, avec les images et particulièrement avec les descriptions de ses personnages. Elle nous présente ainsi une galerie de gens complets, complexes, tendres, bienveillants ou encore antipathiques, violents et vils : en somme, pratiquement humains.

L’étrange odeur du safran est un roman mature, parfaitement agréable, bien que sombre par moment, mais tout à fait abouti, c’est sans contredit.

– Charles Quimper

L’étrange odeur du safran, Miléna Babin, Éditions XYZ, Quai no 5, 2018.

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