J’ai une certaine faiblesse pour les criminels et les artistes ; ni les uns ni les autres ne prennent la vie comme elle est.

– Stanley Kubrick

 

Intérieur. Petite scène. Appartement d’un fanatique. Tapis rouge à motif, style The Shining. Partout, on sent et on voit Kubrick. Spécialement sur le mur où une grande image très connue de lui y vit. Quatre acteurs. Un homme, trois femmes, sauf si les personnages demandent autrement. Tous possédés.

Le personnage principal, Alex Conway (David-Alexandre Després) n’a de plaisir et d’émoi que dans tout ce qui touche le grand maître de 2001, Odyssée de l’espace et Orange mécanique. La timidité et un malaise incontournable face aux autres, le garde à l’écart dans son monde. Alors qu’il est l’heureux gagnant de billets lui donnant accès à la première du film Eyes Wide Shut, il jubile. Vous comprendrez que la raison n’est pas Tom Cruise ou Nicole Kidman. Juste la pensée de pouvoir rencontrer son maître (et il s’y prépare), et ses pulsions sexuelles s’activent, à l’opposé de leur refoulement habituel. Ainsi est établie la première partie de la pièce La mort de Kubrick, dont la mise en scène est confiée à l’acteur (Le grand cahier, Les amours imaginaires), musicien (Otarie) et artiste-peintre : Olivier Morin. On vacille alors entre la curiosité, le sourire en coin et le besoin de comprendre la puissance de la possession.

Alors que l’intensité de l’anticipation de la première est à son paroxysme, Alex apprend la mort subite de son maître. C’est là que tout bascule. Son âme se fragmente et cela le transporte dans un univers complètement hallucinogène où il tente de réaliser le Napoléon que ce cher Stanley a toujours voulu faire. Dédoublement de personnalité et personnages fantasmagoriques sortis de l’enfance d’Alex et de l’œuvre filmique de Kubrick, procèderont à l’élaboration de la folie et des pertes de repères du personnage principal. En tant que spectateurs, ce désordre disjoncté créera soit l’étonnement, la confusion ou alors la pulsion d’assumer pleinement les actions en cour.

L’idée originale de l’auteur, David-Alexandre Després, est honorable, puisque maîtrisée. Plonger dans l’univers de Kubrick par le biais du théâtre est en soi, un tour de force. Également sur scène pour tourmenter Alex : Christine Beaulieu, Caroline Lavigne et Alexia Bürger, offrent des personnages possédés et troublants, qui seront porteurs de traces kubrickiennes.

Les experts tenteront de déchiffrer tous les détails se rattachant au père cinématographique de Lolita, alors les néophytes en apprendront beaucoup, mais pourrait avoir tendance à se sentir à part et délaissés par le manque de repère. Prière de connaître un peu l’homme et ses œuvres afin de ne pas ressentir une certaine gêne intellectuelle. Tout respire Kubrick, des accessoires à la trame sonore. Cinéphiles, le théâtre vous appelle, prenez place!

– Julie Lampron

La pièce La mort de Kubrick, présenté par la compagnie Champ gauche, vous recevra au théâtre La Chapelle jusqu’au 31 mars. Pour tous les détails, cliquez ici.