Comment concevoir le Quartier des spectacles en espace partagé mettant en relation l’être humain et les technologies? L’événement Espace Commun? propose des pistes de réflexion. Le Goethe-Institut Montréal, en collaboration avec la division image de Mutek et l’Office national du film (ONF), nous a convié le mercredi 30 septembre au dévoilement de ce parcours relayant huit œuvres inédites de 13 artistes d’ici et d’ailleurs du 1er septembre au 18 octobre. Au lieu de participer au tour guidé, je me suis glissé dans le manteau du citoyen anonyme troquant le guide pour le plan du quartier.

Après la courte conférence au Goethe-Institut, qui a laissé son édifice de la rue Sherbrooke pour aménager le premier étage de l’immeuble à l’angle des rues Ontario et Saint-Laurent, j’ai commencé mon parcours aléatoire avec une œuvre installée dans l’entrée de l’institution allemande. Il s’agit d’un Wurlitzer Side Man 5000, le premier « beat box » à avoir été créé, en 1959. L’instrument le plus lourd au monde. Darsha Hewitt et Nelly-Ève Rajotte ont appris à le faire fonctionner et à en jouer.

J’ai cherché l’œuvre Poème mécanique dans le hall de la Place des Arts, près de la sortie Sainte-Catherine, pendant un certain temps pour finalement me rendre compte qu’elle était suspendue au-dessus de ma tête. L’œuvre de l’artiste danois Tobias Ebsen est une sculpture sonore électromécanique. L’anneau drôlement situé dans l’espace culturel George-Émile Lapalme, plus près du Musée d’Art contemporain (MAC), se compose de milliers de disques miroirs qui gravitent autour d’un axe central dont le mouvement crée une symphonie. Le cliquetis et le changement de face de ces disques rappellent les tableaux qui indiquaient les destinations et les heures d’arrivée et de départ dans les gares et aéroports avant l’ère digitale.

À la sortie de la station de métro Saint-Laurent, on peut voir un grand panneau blanc avec un plan du quartier indiquant l’emplacement des huit œuvres. On y trouve également les indications pour télécharger avec son téléphone intelligent une baladodiffusion interactive. Le parcours décode 72 fragments d’une histoire dissimulée à travers 16 sites à l’intérieur du périmètre. Sur le mur, il y a une vidéoprojection d’un trio d’artistes étrangers suédois, russe et néo-zélandais qui capte et cartographie en temps réel les émissions involontaires et invisibles des appareils mobiles.

À la Place de la Paix, on invite à l’interaction. Les lampadaires étant éteints, on éclaire de projecteurs les blocs au sol qui forment un quadrillé. Quoique subtil, cet effet rappelle le film Entre tu et vous (1969) du cinéaste Gilles Groulx produit dans le cadre de l’ONF, où les protagonistes se meuvent devant un panneau quadrillé qui nous permet d’analyser leurs mouvements.

L’œuvre se complète d’une projection de multiples motifs tricotés sur la façade du Centre de design de l’UQAM. J’imagine que l’artiste britannique Sam Meech illustre un contraste entre une œuvre qui nous découvre dans l’obscurité et une autre qui nous enveloppe dans la laine au moment où la température baisse. Une réflexion s’ensuit sur la chaleur de la collectivité.

Sur les deux murs lignés superposés de la façade sud de la Grande Bibliothèque (BAnQ), où il y a l’entrée principale, la projection «écrit» un texte d’une surface à l’autre comme s’il s’agissait de feuilles lignées. L’utilisation du relief et la duplicité de la façade par l’artiste allemand Aram Bartholl rendent l’expérience visuelle impressionnante.

Les huit œuvres constituent des îlots de médiation entre le relief urbain du Quartier des spectacles et une réalité virtuelle. Ces fragments d’une veille technologique, entre le sentiment d’habiter une ville qui ne dort jamais et la présence qu’occupe un ordinateur un ordinateur laissé toujours allumé dans une pièce, se dissimulent en horizon virtuel. Les tables rondes qui auront lieu lors de l’événement marquent l’adhésion de Mutek au réseau européen connecting cities.

De nouveaux angles pour explorer la ville…

– René-Maxime Parent

L’événement Espace Commun ? regroupe huit œuvres de treize artistes réparties dans le Quartier des spectacles de Montréal du 1er au 18 octobre.