Crédit photo : Josée Lecompte

Dernier chapitre de la République du Québec créée par Olivier Morin et Guillaume Tremblay, Épopée Nord fait suite à L’assassinat du président et à Clotaire Rapaille, l’opéra rock et on y retrouve un Québec qui se cherche…encore!

Que la tradition continue!

On retourne à la source. Le Québec pur. Comme un sirop d’érable tamisé, chauffé et dégusté sur une belle neige blanche pas de pollution pantoute avec un ciel bleu sans couche d’ozone! Le vrai Québec d’antan avec son esprit de famille et un ti-air d’accordéon! Les nations unies.

Chez vous, c’est chez nous! La chanson se répond toute seule. On tape du pied. On parle la même langue, on se comprend, qu’on s’aime donc!!!!

2035 : le juste retour des choses

« Tout a commencé quand Fred Pellerin est revenu de tournée dans le Nord; sauvage, ténébreux et moulant. Une tournée qui aura finalement duré 12 ans… on le tenait pour mort. En entrevue exclusive avec Denis Levesque, il livre un message de la part des Cris, des Montagnais et des Attikameks : « Soyez prêts » puis il se lance en bas du pont, live. Une guerre se prépare; l’ONU observe. La vengeance est douce au cœur de l’indien. »

  • Théâtre du Futur.

La population amérindienne du Québec se multiplie. Clonage. Le Québécois de souche, blanc comme un drap, avec un accent des bois, fait désormais partie de la minorité visible.

Jocelyne Cazin (Ben oui! Elle est encore là en 2035!) planche sur le dossier. Denis Lévesque accumule les entrevues. Le Québec a peur, le Québec se questionne (encore…) Les autochtones se révoltent. Les âmes se réveillent! Il est temps de payer la facture…

Un passé peint en notre faveur sombre entre des peuples décimés. L’histoire n’a pas été juste. Le temps réclame justice. Et voilà que le diable se fait avocat!

Le personnage mythique, toujours avide de pouvoir, manipule ses disciples.

Et si le pouvoir et l’appât du gain étaient plus forts que l’instinct de survie d’une nation, plus forts que le désir d’une paix nationale? Notre besoin de comprendre les choses, notre désir d’acquérir (les terres, les autres, le pouvoir), nos éternelles remises en question sur le oui ou le non, le rouge ou le bleu, le bien ou le mal, nos doutes quant à notre identité… Tout cela ne va-t-il pas à l’encontre de notre liberté d’être et notre envie de se libérer, justement?

Le diable, être sombre et pervers, sommeille en chacun afin de nous gouverner, de prendre possession de nous. N’y a-t-il pas une vague impression de déjà-vu ou de déjà-entendu? Un référendum avec soi-même…

Langage du cœur

Choisir le bien pour nous peut faire mal aux autres. Alors quoi? Dépouiller l’homme de sa terre, sa source, ses racines, n’est-ce pas là des gestes qui compromettent l’avenir d’un peuple? Au nom de qui, ou de quoi, pouvons-nous affirmer être peuple libre?

On a l’impression de se faire voler notre place par les minorités visibles, mais n’a-t-on pas d’abord échangé des miroirs pour obtenir le bien de l’autre? L’image demeure symbolique : on a offert un reflet, une image pour écrire l’histoire, pour s’approprier le destin…

Certes, Épopée Nord rit quelque peu du québécois moyen et de ses impressions d’être bon, égal, ouvert. On dit rêver d’un langage commun à toutes les nations, en changeant le cours de l’histoire, en voulant changer les choses sans se changer soi-même. Voir le problème ailleurs que dans son ti-moi profond. Comment négocier le pouvoir peut-il tous nous tuer finalement…

L’interprétation juste et naturelle des acteurs distingue Épopée Nord du débat conventionnel des droits et liberté pour tous, de l’austérité des mœurs et de la politique. On ne dit pas qui ou quoi choisir, on ne dit pas quelle voie prendre, mais on nous met en pleine face les conséquences de nos actions sur les années à venir. Apprendre à se responsabiliser face à soi et face aux autres. Car si on meurt, on engendre la déchéance de son prochain.

Comme un éternel recommencement.

« Soyez prêt! »

Élizabeth Bigras-Ouimet

Épopée Nord, une pièce d’Olivier Morin et de Guillaume Tremblay
Création du Théâtre du Futur
Salle Jean-Claude-Germain, Théâtre d’Aujourd’hui
Du 27 janvier au 14 février 2015, en supplémentaires les 14, 17, 18, 19 et 20 février 2015