Durant notre entrevue sur le documentaire Primas au charmant café Pamplemousse, Laura Bari n’a pas pu s’empêcher de jeter quelques regards furtifs au jeune couple de la table d’à côté. « Désolée, ils sont tellement mignons! » s’est-elle exclamée, souriante. C’est visiblement plus fort qu’elle. La réalisatrice canadienne d’origine argentine sait comment trouver le beau en tout temps.

C’est le tour de force qu’elle réussit avec Primas, un documentaire poignant qui aborde la violence extrême faite à deux fillettes argentines qui tentent de devenir des adultes heureuses. « Dans la vie, on rencontre des tonnes de personnes. Ce qui est fascinant, c’est qu’elles ont toutes une histoire extraordinaire. Parmi ces gens-là, quelques-uns attirent plus notre attention. » C’est le cas de Rocío Alvarez, qui a été laissée pour morte après avoir été battue, violée et brûlée vive dans un champ, et Aldana Bari, qui a été agressée sexuellement par son père dès sa plus tendre enfance. Le frère de la réalisatrice, qui est d’ailleurs en vedette dans le deuxième film de la réalisatrice, Ariel. En effet, les deux jeunes femmes sont de la famille de Laura Bari, de près ou de loin. « Les liens familiaux, ça se crée, ça se décide. » Comment la cinéaste a vécu le fait de dévoiler le crime de son frère dans son documentaire? « La violence, c’est l’affaire de tout le monde. Si je vois que ça ne va pas pour quelqu’un, je vais y aller. Je vais défendre la personne, désolée. Oui, c’est mon frère. Pourtant, je devais en parler. »

PRIMAS, un film de Laura Bari – Bande-annonce from Les Films du 3 mars

Quand elle s’attaque à un sujet, Laura Bari se concentre sur une question claire. « Comment vas-tu faire pour te laisser toucher? Comment faire à l’adolescence, quand les hormones explosent? Comment faire quand on est la mère ou le père de cet enfant? Ce sont d’excellentes questions pour moi. » À celles-là s’ajoutent une autre question, primordiale. Comment aborder un sujet aussi difficile? « Ma pratique cinématographique est beaucoup marquée par le réel en lien avec la poésie. » Plusieurs scènes, par exemple, montrent une Rocío transformée sur la plage.« C’est un crocodile! Qui part tous les soirs et qui revient. C’est comme ça que j’ai commencé avec elle. », s’exclame Laura Bari. 

Au fil du documentaire, les confessions fusent. D’abord discrètes, pour ensuite devenir de plus en plus intenses, presque lancinantes. Pour arriver à ce lien de confiance, Laura Bari a tout fait pour rendre les jeunes femmes à l’aise. « On était une équipe sans hiérarchie claire. On a installé un cadre de confession oui, mais aussi de plaisir, de partage. Je pense que ça a aidé à créer ces beaux moments. » Et c’est clair : ce n’est pas juste ces drames affreux qui sont mis de l’avant dans Primas. Au contraire, Rocío et Aldana s’amusent, rient… Bref, sont des adolescentes comme les autres, ou presque. Grâce à la pratique d’arts divers, on peut voir les jeunes femmes s’exprimer et même s’affranchir d’une douleur trop lourde. Un espoir lumineux dans la laideur. 

Aujourd’hui, Rocío Alvarez et Aldana Bari brandissent fièrement leurs convictions féministes en appuyant diverses causes, comme le mouvement #NiUnaMenos contre la violence envers les femmes et le droit à l’avortement. Et on devine déjà que c’est loin d’être terminé. « Elles sont extraordinaires, c’est certain! », lance Laura Bari, émue. On n’en doute pas une seule seconde.

Mélissa Pelletier 

Primas prendra l’affiche dès le 28 septembre au Cinéma du Parc, à la Cinémathèque québécoise et au Cinéma Moderne (Montréal), au Cinéma Cartier (Québec) et à La Maison du cinéma (Sherbrooke). Il sera également présenté au Cinéma Paraloeil (Rimouski) le 11 octobre. Il y a également plusieurs ciné-rencontres en présence de la réalisatrice et des protagonistes au programme :

Vendredi 28 septembre | 20h30 | Cinémathèque québécoise
Samedi 29 septembre | 19h15 | Cinéma du Parc
Dimanche 30 septembre | 15h00 | Cinémathèque québécoise (*Débat sur les violences sexuelles faites aux femmes, animé par l’écrivaine Lula Carballo, en présence de l’équipe du Mouvement contre le viol et l’inceste)
Dimanche 30 septembre | 19h00 | Cinéma Moderne
Lundi, 1er octobre | 19h00 | Cinémathèque québécoise
Mardi, 2 octobre | 19h00 | Cinémathèque québécoise
Jeudi, 4 octobre | 19h00 | Cinéma Moderne
Vendredi, 5 octobre | 19h00 | Cinéma Moderne

* Cet article a été écrit en collaboration avec Films du 3 mars.

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