Maude Veilleux est un cosmos littéraire à elle toute seule, passant autant de la poésie à l’autofiction, que par la performance artistique à l’état pur. Elle effectue un retour en très grande forme à la poésie avec son troisième recueil, Une sorte de lumière spéciale, aux Éditions de l’Écrou. Retour.

Ce recueil m’a semblé plus empathique, rempli de bienveillance, même, nettement moins dur que ses précédents. On pourrait dire moins trash, une étiquette qu’elle refuse qu’on lui accole d’ailleurs, puisque c’est un créneau réducteur selon elle. « Je voulais situer ma position, ma naissance, mes origines, mes déplacements pour permettre aux lecteurs de comprendre mon angle littéraire. J’étais tannée d’être réduite au trash comme s’il n’y avait aucune réflexion derrière mon travail », confie-t-elle.

Dans son dernier recueil, elle affirme vouloir changer le monde, à grand renfort de mots, grâce à la littérature.

La poésie (la littérature) est ma seule capacité d’action pour essayer de changer le monde. Je sais que changer le monde, ça ne veut pas dire grand-chose. Je suis une idéaliste devenue cynique. Je réalise mon incapacité à avoir un impact sur le monde. Je voudrais pouvoir faire plus, mais je n’ai que la poésie. Tout cela je le mets en parallèle avec le fait d’être vivante. On vit quand même dans une époque particulièrement anxiogène. » […]. Notre rapport à la vie est hypocrite. Il faut rester vivant, le plus longtemps possible dans une époque où on se sent coupable d’être vivant. C’est par le langage qu’on crée le monde. C’est une grande arme quand même. Un outil. »

Le langage comme outil, soit! Mais s’agit-il d’un outil qui peut tout faire, tout façonner, tout aborder? La poésie est-elle pour l’écrivaine un moyen d’évasion, de guérison? « Tout aborder, oui. Tout faire, probablement. Toutefois, je n’ai pas l’impression que la poésie peut vraiment guérir. Il s’agit d’une forme d’expression. En même temps, peut-être que pour certain.es la poésie sert à cela. Pour moi, l’enjeu ne se situe pas là. La poésie n’est pas ma thérapie. Ma thérapie est ma thérapie. »

D’abord dans Les Choses de l’amour à marde (L’Écrou, 2013), puis dans Le Vertige des insectes (Hamac, 2014), dans Last call les murènes (L’Écrou, 2016) en passant par Prague, (Hamac, 2016) elle a varié les tons, les propos, les styles et les approches dans ses livres.

On lit. On évolue. On régresse parfois. J’essaie de me surprendre. Je m’emmerde rapidement dans la vie. Je pense qu’avec le temps j’apprends surtout à assumer. J’avais très peur de l’autofiction avant. J’avais tout bien emballé dans la fiction pour Le vertige des insectes. Je pensais que c’était ce qu’il fallait faire. Maintenant, j’ai peur de la fiction réaliste. Je la sens pleine de pièges. »

La fiction est pleine de piège, c’est dit. Ça demeure tout de même un peu vrai, me semble-t-il. Mais alors, qu’est-ce qui pousse une telle artiste à créer, à écrire de façon si soutenue, si constante?

La solitude me pousse à créer. Quand je me sens au bord du trou. J’aimerais développer un rapport plus sain à l’écriture. J’y travaille. La frustration aussi. Le sentiment d’être tue, mais ça c’est un truc qui vient de l’enfance. De ma timidité. Adolescente, j’écrivais beaucoup parce que j’avais l’impression qu’on ne m’écoutait pas. Maintenant, je ne peux pas dire que c’est encore le cas, mais l’impulsion première vient de là. »

Charles Quimper 

Une sorte de lumière spéciale, Maude Veilleux, L’Écrou, 2019.

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