[…]Quand on dort
Il n’y a plus d’arrogance
Toutes les paupières du monde
Sommeillent au même rythme […]

Marie-Élaine Guay a vécu mille vies, toutes à peine dissimulées dans sa voix un peu rauque : celle d’une adolescente rebelle qui a été enfermée, cloîtrée, tenue à l’écart du reste du monde, celle d’une anticonformiste de premier ordre qui a tout abandonné à l’aube de la trentaine pour passer du domaine de la pub à l’horticulture, à l’écriture active également.

Elle nous livre cet automne le magnifique Castagnettes, paru chez Del Busso en août dernier. Ce sont toutes ces incarnations qui se déclinent dans son recueil, les unes après les autres.

Pour elle, l’écriture est venue naturellement, aux alentours de six ans. Elle écrit depuis toujours, en somme, notant au fil du temps ses pensées et ses idées dans des journaux, dans des cahiers. Elle se nourrissait de littérature américaine, puis vinrent les romans québécois, les recueils de nouvelles et de poésie issus de notre littérature.

Sa voix frappe, elle détonne. On sent le sentiment de rébellion dans son écriture, plus encore que dans sa voix à l’autre bout du fil, à l’autre bout du Fleuve.

Ça sonne la dissension, le refus d’être ce qu’on attend d’elle, d’être un visage anonyme dans une foule trop dense, potentiellement dangereuse.

J’ai la chienne d’eux
de l’automne du sable qui engouffre
de la pêche de tes mots naufragés et du soleil
de l’odeur de camphre et de tes mains ravagées
des synonymes des couteaux affutés et des quartiers industriels
des hôtels des paquebots et de la pollution
des parvenus de leur banalité et de leur ruse
des flics des fils de flics et de l’armée

les gens riches veulent ça propre
les gens riches ne veulent pas de samares
les gens riches
avec leurs terrains sans jardins
sont cons

Elle passe des mots sauvages aux mots crève-cœur, de la révolte à la tendresse.

Son écriture est à la fois terriblement douce, fragile comme un vase Ming au milieu de l’autoroute 20, mais également âpre comme du papier sablé passé sans relâche sur de vieilles blessures.

Elle nous parle avec des phrases faites de beauté pure, un peu écorchée par la force des choses et par la vie qui coule en elle, mais ces mots sont toujours sublimes, toujours d’un grand et terrible éclat :

« De nos poitrails naissent toutes les fleurs
D’après-midi et c’est suffisant […]»

– Charles Quimper

Marie-Élaine Guay, Castagnettes, Del Busso, 2018.

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