L’artiste de rue de Québec à la popularité grandissante, figure anonyme aux contours vaporeux, être engagé et subversif, Wartin Pantois est intervenu un peu partout au Canada, au Portugal et en Allemagne. Bien que ses œuvres soient tout de même assez médiatisées, il demeure pourtant tapi dans l’ombre. Il s’est prêté au jeu des questions et réponses, question qu’on puisse en savoir un peu plus sur son art, sur son engagement et sur son refus du vedettariat.

D’entrée de jeu, nous abordons sa démarche artistique, souvent enveloppée de mystère. En effet, l’artiste frappe surtout de nuit et il est de moins en moins rare que les citoyens du centre-ville de Québec s’éveillent pour découvrir une nouvelle œuvre.

Quand j’interviens de façon clandestine, c’est souvent sur des immeubles abandonnés, au sol ou sur des murs publics défraîchis. Je crois que j’embellis plus que je nuis. Je considère mon travail éthique quand le message est plus important ou le collage plus beau que la surface que j’utilise. J’interviens à partir coups de cœur, sur des enjeux qui me touchent. » indique-t-il.

Il confie qu’il est la plupart du temps animé d’un sentiment d’injustice ou d’indignation et qu’il essaie de faire quelque chose, tout simplement parce que, selon lui, certaines choses n’ont tout simplement pas de sens : « Par exemple pour le projet Santé pour tous, je trouvais ça inadmissible que les utilisateurs de drogue injectable n’aient pas accès à des services de santé adéquats. L’implantation d’un centre d’injection supervisé pouvait les aider, mais rien ne se passait malgré la volonté des acteurs du milieu, dont l’organisme Point de repère qui travaille très fort et très bien pour ça depuis des années. Pendant ce temps-là il y a des gens qui peuvent mourir! Je suis donc intervenu dans la ville pour susciter réflexions et débats. »

Quant à son légendaire anonymat auquel il tient mordicus, un anonymat qui fait même partie intégrante du personnage, ce n’est pas ce que l’on pourrait croire. Loin des postures de légende urbaine, loin de cultiver sa propre mythique de l’artiste sans visage, les raisons sont beaucoup plus authentiques, pratiques, terre à terre.

« Il y a plusieurs raisons. D’abord d’un point de vue pratique, une partie de ma pratique est clandestine. Je ne veux pas me retrouver avec des contraventions, je ne cherche pas de problème! Certains projets sont faits sans permission, mais j’ai une éthique de travail. » nous confie-t-il. « Je travaille anonymement aussi parce que je suis bien dans ma petite vie tranquille, je n’ai pas le goût de porter l’attention sur ma personne, de devenir un personnage public. J’essaie plutôt de porter des idées, de contribuer aux débats sur des enjeux actuels. Je crois que c’est pour ça que mon travail est bien couvert par les médias et j’en suis content, car ça donne une seconde vie à certaines œuvres qui sont parfois retirées rapidement de la rue. »

Il termine en disant : « On peut dire que je travaille beaucoup sur les préjugés et la tolérance. J’essaie de le faire avec sensibilité. Ça me semble important afin de contribuer au vivre-ensemble. Mes œuvres sont noir et blanc et à échelle humaine. Elles représentent souvent simplement des personnes. L’échelle humaine est importante pour moi. En plus cela permet de semer le doute chez celui qui découvre une de mes œuvres dans la rue, peut-être même de créer une impression de réel pendant quelques secondes. J’intègre la feuille d’or à certains de mes collages pour questionner la valeur accordée aux personnes et aux réalités que j’aborde. L’emplacement de mes interventions est choisi avec attention. J’essaie de repérer des lieux pertinents pour les sujets que je traite. »

Le centenaire du printemps 1918

Artiste engagé, oui, dont certaines des œuvres les plus récentes soulignaient la tenue du G7 à la Malbaie ou encore le triste anniversaire des émeutes contre la conscription ayant fait plusieurs morts au printemps 1918 à Québec.

« Du 28 mars au 1er avril 1918, des milliers de personnes ont pris part à des émeutes contre l’enrôlement obligatoire. Des affrontements violents les ont opposés à l’armée canadienne. Quatre d’entre eux y ont laissé la vie. Dans ce projet, j’ai voulu lutter à ma façon, par l’image inattendue dans l’espace public, contre l’effacement de l’histoire, celle de citoyens qui ont bravé la mort contre la guerre. »

D’ailleurs, Wartin Pantois a effectué un spectaculaire collage pour souligner le centenaire des émeutes de 1918 au coin des rues Dorchester et-Notre-Dame-des-Anges, rue dans le quartier St-Roch.

« J’ai distribué des affiches Québec 1918  gratuitement, car le collage s’est fait détruire quelques heures après sa pose. Personne ne sait par qui et pourquoi. Le collage n’était plus là pour souligner le centenaire comme prévu. Une campagne de distribution d’affiches illustrées par l’œuvre a été effectuée le jour même dans les boîtes à bouquins du quartier pour commémorer le centenaire autrement : 100 affiches pour les 100 ans des émeutes contre la conscription. Toutes les affiches ont trouvé preneur en quelques heures. Des images du collage ont aussi voyagé dans les médias et les médias sociaux, ce qui a permis de la faire connaître et de faire connaitre l’histoire. »

Passionné par ce projet, il ajoute : « J’avais mis beaucoup de temps et d’énergie dans le projet alors ça lui a donné un second souffle. L’œuvre était composée de 10 personnages peints à l’échelle humaine. Ça a été long à peindre même si je l’ai fait à grands traits. Ça me prend beaucoup d’énergie peindre, car il n’y a pas de retour en arrière possible, surtout sur papier quand le fond reste visible. Chaque geste compte et est un risque pour le résultat final!  J’ai peint dans une certaine agitation, comme pour être dans l’état d’esprit des émeutiers, réactifs et combatifs. J’ai utilisé de la peinture blanche sur du papier noir pour donner un aspect fantomatique aux personnages, comme si l’histoire devait revenir hanter un peu ceux qui voudraient l’oublier! »

– Charles Quimper

Pour plus d’informations, c’est ici.

BABILLARD : Un événement à annoncer? Une formation dans le milieu culturel à faire découvrir? Envie de jammer avec des artistes de feu? Une offre d’emploi? Un autre truc à partager? C’est ici que ça se passe, maintenant, pour partager avec les lecteurs des Méconnus!

À DÉCOUVRIR AUSSI :