Réveillons Crédit photo : FMR 

Connaissez-vous le Festival Mémoire et Racines? Du 27 au 29 juillet, place au conte, à la danse et à la musique traditionnelle au Parc Bosco de Saint-Charles-Borromée. Pour sa 24e édition, l’événement présentera plus d’une centaine d’artistes. Petite jasette avec Cédric Champagne, président du CA du festival!

Pouvez-vous nous décrire le Festival Mémoire et Racines en quelques mots?

Le Festival Mémoire et Racines est le plus ancien festival de musique traditionnelle, de danse et de conte au Québec. Cet événement annuel qui a lieu dans la région de Lanaudière, à Joliette et Saint-Charles-Borromée, est une expérience immersive au cœur des traditions du monde. Par son envergure et la qualité de sa programmation nationale et internationale, ce festival s’est classé parmi 15 festivals à ne pas manquer sous aucun prétexte dans Le meilleur du Québec selon le guide Ulysse. S’y produisent plus de 200 musiciens, chanteurs, danseurs et conteurs provenant du Québec, du Canada et de l’étranger.

Quelle ligne directrice a guidé votre programmation de cette année?

Le violon est à l’honneur cette année et c’est la raison pour laquelle notre thématique s’intitule Sur un air de violon. Cet instrument est véritablement au cœur de la musique traditionnelle québécoise, mais également d’autres cultures traditionnelles. L’objectif du Comité de programmation était de produire une programmation diversifiée, et ce autant du point de vue des styles musicaux, des disciplines artistiques (musique, chanson, danse et conte) que des origines des artistes.

Ancré dans son milieu, le FMR fait une belle place aux groupes lanaudois et québécois qui sont au cœur de sa programmation tels que Genticorum, Réveillons, les Tireux d’Roches et même la Gypsy Kumbia Orchestra pour ne nommer que ceux-ci. Nous rivalisons également d’efforts pour attirer des groupes de renom provenant de la scène internationale qui permettra à nos festivaliers de découvrir The Fretless (Canada), Low Lily (États-Unis), Burdon Folk Band (Ukraine), Matt Gordon et Léonard Podolak (États-Unis/Canada), Seamus Egan Project (Irlande/États-Unis), Skye Consort et Emma Björling (Québec/Suède). Nous voulions permettre à nos festivaliers de vivre de belles expériences acoustiques l’après-midi et des soirées festives et dansantes dignes du FMR.

Vous en êtes à la 24e édition cette année. Comment le festival a-t-il évolué selon vous?

Le FMR est demeuré fidèle à l’expérience qu’il souhaitait offrir dès sa fondation, c’est-à-dire un festival authentique et accessible qui mise sur une programmation internationale de grande qualité favorisant les rencontres entre les artistes et les festivaliers. Les spectacles acoustiques d’après-midi le distinguent et permettent toujours et encore des moments touchants et de pure magie. C’est cette expérience qui convainc les festivaliers d’acheter leurs passeports avant même de connaître le contenu de la programmation. Demeurer intègre et authentique implique une évolution plus lente, mais plus solide et qui va plus loin. La crédibilité du FMR n’est plus à faire. Sa notoriété grandissante attire de nouveaux partenaires extrêmement stimulants (Hydro-Québec, le Fonds de solidarité FTQ, la Fabrique Culturelle, etc.) qui permettent au FMR de développer l’expérience festivalière, l’aménagement du site, etc. C’est cette maturité qu’a gagnée le festival en 24 ans et qui lui permet aujourd’hui de bénéficier des retombées qui en découlent.

Avez-vous l’impression que la musique traditionnelle a droit à la place qui lui revient au Québec?

La musique traditionnelle québécoise n’a pas la place qui lui revient selon moi au Québec. Pourtant, l’intérêt pour les musiques du monde est fort. Il est étrange de s’intéresser tant à la culture des autres et aussi peu à la sienne. Beaucoup de préjugés nuisent à la diffusion de la musique traditionnelle et le manque de connaissances de cette musique, de ce milieu et de cette communauté par les médias contribue à stigmatiser cette musique, à la cantonner à un cadre relevant du passé. Pourtant la musique traditionnelle a toujours été extrêmement perméable aux influences extérieures. Les arrangements proviennent du classique, du jazz ou même de la musique populaire. Il y a une variété de types de musique traditionnelle tout comme c’est le cas dans les autres genres musicaux, qu’on parle de la scène électronique, jazz ou métal. Certains airs sont anciens, mais il y a également beaucoup de compositions qui s’inspirent du genre. Par conséquent, il ne s’agit pas de la musique d’une autre époque, mais bien d’une musique profondément ancrée dans son temps, mais respectueuse de ses origines. Kent Nagano a dit un jour : « Il n’y a pas de mauvaises musiques, mais il y a de mauvais musiciens ». Je crois que cette citation est toute choisie pour imager cela.

Les enfants aussi pourront profiter des activités. En quoi c’est important de les accueillir au festival selon vous?

C’est une question d’éducation de la jeunesse. Mes filles ont été initiées au conte et adorent assister à ce genre de spectacles, voire même que je leur interprète des contes au coucher. Elles écoutent de la musique traditionnelle sans jugement parmi une panoplie d’autres artistes plus populaires tels que Jain, Ed Sheeran, etc. Il y a peu de place faite au conte, à la danse traditionnelle et à la musique traditionnelle dans les écoles, si bien qu’on peut passer du primaire au conservatoire sans avoir interprété un seul air traditionnel québécois. Les enfants qui viennent au FMR depuis leur plus jeune âge voient le festival comme un incontournable. Le site du festival est situé dans un immense parc bordé par la rivière L’Assomption où l’on peut se baigner. On y trouve des jeux d’eau, des balançoires, des activités de maquillage ainsi qu’une programmation qui leur est dédiée. De plus, le festival est gratuit pour les moins de 12 ans et à tarif réduit de 12 à 17 ans. L’essayer c’est l’adopter!

Babineau et Chartrand Crédit photo : FMR 

Quels sont les spectacles à ne pas manquer?

C’est une question à laquelle j’ai toujours de la difficulté à répondre, car tout est une question de goût et vu la variété de la programmation, tous les festivaliers y trouvent leur compte.

Personnellement, j’ai toujours été impressionné par le travail du multi-instrumentiste Seamus Egan qui a parcouru la planète avec la mythique formation irlandaise Solas. Il vient présenter en primeur québécoise le Seamus Egan Project qui offrira une prestation de haut calibre au festivalier. Cette formation constituée de Seamus Egan, Owen Marshall et Kyle Sanna se base sur une instrumentation principalement autour des cordes piquées (banjo, guitare, bouzouki). La voix magnifique de la multi-instrumentiste Moira Smiley viendra charmer les spectateurs.

La formation montréalaise Gypsy Kumbia Orchestra soulèvera sans nul doute la foule. Inspiré de la musique et de la danse traditionnelles de la Colombie et de l’Europe de l’Est, ce groupe énergique sous la direction musicale d’Anit Gosh est composé d’une quinzaine de musiciens déjantés. Une énergie délirante empreinte de liberté et de mouvement!

Sur la scène québécoise, le groupe Genticorum a su gagner le respect des amateurs par son talent et s’est taillé une place de choix sur la scène internationale des musiques traditionnelles, folk et celtiques. Il possède de nombreuses nominations aux Juno et à l’ADISQ et a remporté quatre Prix de Musique Folk Canadienne. Avec déjà plus de 1000 concerts à son actif dans plus d’une quinzaine de pays, Genticorum saura transmettre une belle énergie par la présence scénique des musiciens Yann Falquet, Pascal Gemme et Nicholas Williams.

Quelle est votre vision pour l’avenir du festival?

Le FMR doit poursuivre son évolution dans la même direction en préservant son authenticité. Il doit assumer un rôle de diffuseur majeur qui permettra une plus grande mise en valeur de la musique, de la danse et du conte. En complémentarité avec les autres diffuseurs régionaux, je crois que le festival pourra continuer d’étendre sa notoriété au-delà des frontières du Québec en investissant dans les technologies numériques et en misant sur le développement de partenariats commerciaux et culturels. Il doit participer au développement régional et contribuer à la vie culturelle des municipalités qui le soutiennent, soit la ville de Saint-Charles-Borromée pour le festival et la ville de Joliette pour le Pré-festival, qui se déroule en ville les mercredi et jeudi précédant le festival. Le FMR est un joyau qui fait rayonner la région de Lanaudière et notre culture au-delà de nos frontières dans l’ouverture et l’échange.

– Propos recueillis par Mélissa Pelletier

Festival Mémoire et Racines, du 27 au 29 juillet 2018 au Parc Bosco de Saint-Charles-Borromée. Pré-festival au centre-ville de Joliette les 25 et 26 juillet. Pour toutes les informations, c’est ici que ça se passe.

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