Credit photo : Theonepointeight

Le premier invite à la danse lumière et ondée fine, fait pleuvoir des comètes sur le cortex, déploie mesurément ses rythmes arrondis et meuble le silence d’un murmure synthétique. Le second entraîne dans la transe tonnerre et poudrerie, fait barrir les pachydermes dans les trombones du cataclysme, enfonce ses ondes acérées dans la chair fraîche sonore, et injecte une bonne dose de méchanceté et de rage humaines dans les circuits d’une machine qui surchauffe.

Nosaj Thing et Clark, deux artistes aux propositions opposées, réunis sur une même scène.

CLARK

Figure de proue de l’étiquette Warp depuis près 10 ans, Chris Clark a fait paraître en novembre dernier son septième album intitulé… Clark. Un éponyme qui ne réunit pas, comme on aurait pu le croire et comme c’est souvent le cas, une sélection des meilleures esquisses du passé laissées sur le plan de travail, mais présente plutôt une œuvre sans antécédents, la plus cohérente de l’artiste depuis l’emblématique Body Riddle (2006). Loin de son studio de Berlin, le musicien s’est isolé pendant plus de quatre mois dans la campagne anglaise avec pour seul outil un ordinateur libéré d’Internet et quelques synthétiseurs analogiques « embauchés ». Il en résulte le meilleur de l’artiste : un album techno pugnace et détaillé, où chaque son est rigoureusement poussé jusque dans ses derniers retranchements. On a bonne idée du perfectionnisme de l’homme en considérant que les pièces Unfurla et There’s A Distance In You ont nécessité chacune deux semaines complètes de travail. Avec Clark, on a encore la preuve que le computer est un instrument musical à part entière, aux possibilités infinies, mais déplorablement utilisé s’il ne sert qu’à créer des raccourcis.

NOSAJ THING

On en sait encore peu sur Fated, troisième album du producteur de Los Angeles Jason Chung, à paraître début mai. On a pour tout indice de son contenu une collaboration avec Chance The Rapper, née d’une série intitulée Songs from Scratch, réunissant le temps d’une séance d’enregistrement deux artistes d’horizons différents. On y trouve par contre les ingrédients gagnants – rythmes hip hop suaves, textures onctueuses et de la langueur généralisée – qui ont établi la réputation de Nosaj Thing. Contrairement à Clark, Chung est de ceux qui empruntent la voie de la simplicité et de l’intuition. Si on peut d’un côté ciseler à la perfection chaque pierre de l’édifice, on peut de l’autre cibler et imaginer la vue aérienne qu’on aura à son sommet.

Quoi qu’il en soit, un beau débat en perspective.

Nicolas Roy

Clark + Nosaj Thing + Sibian & Faun
Une présentation de Greenland Productions, Evenko et SAMOURAI DES JUNGLES URBAINES
Mercredi 8 avril, 21 h
@ Théâtre Fairmount (5240, Av. du Parc)
20 $ (+ f.s.)