À tout juste 22 ans, Édouard Louis nous offre un premier roman coup de poing (c’est le cas de le dire). Commençant sa carrière littéraire en allant d’emblée vers l’autofiction, l’auteur nous raconte son enfance difficile, pour ne pas dire parfois totalement grotesque, dans En finir avec Eddy Bellegueule.

C’est que tout jeune, Eddy savait déjà qu’il était différent de ses comparses. Efféminé, loin d’être intéressé par l’usine par laquelle son père est passé et qui attend maintenant ses frères, le jeune garçon sera stigmatisé très tôt par son entourage. Aimé, mais incompris par sa mère qui le trouve trop sensible; critiqué constamment par son père; brusqué par ses frères et battu par ses camarades de classe, Eddy comprendra rapidement qu’il ne fait pas bon être hors normes dans un petit village de Picardie. Commencera alors une longue quête, ou plutôt une cachette identitaire, qui ne pourra mener qu’à une suite logique: une fuite vers lui-même, son homosexualité et un monde qui lui correspondra davantage, loin de sa famille et de ses codes violents et simplets qui lui sont si paradoxalement étrangers.

Sans détour, l’auteur aborde les humiliations omniprésentes dans son quotidien, mais aussi du mépris qu’il en viendra à ressentir pour son entourage. Avec une plume implacable, bouillante par moments, Louis fait tout de même preuve d’un recul impressionnant. Un roman qui somme toute n’a presque rien des premiers écrits: entre quelques rares faiblesses stylistiques et narratives, on a droit à une œuvre très bien ficelée. Touchante et très prenante.

Un auteur émergent à suivre, absolument. Pour son talent oui, mais aussi pour le courage dont il a fait preuve en abordant l’aliénation dont il a été victime: lot trop souvent inhérent au fait d’être « différent ».

– Mélissa Pelletier

En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis, Seuil, février 2014